Retour de l’URSS

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Résumé

En 1936, André Gide est invité à prendre laparole lors des obsèques de l’écrivain soviétique Maxime Gorki à Moscou. Avecquatre compagnons et leur accompagnatrice et traductrice, la camarade Bola, ilva parcourir l’URSS. Retour de l’URSSest son témoignage : ce qu’il a vu, ce qui l’a enchanté mais aussi ce quil’a déçu. Les violentes critiques dont son ouvrage, publié en 1936, fut l’objet,l’amenèrent à publier Retouches à mon« Retour de l’URSS » en 1937.

 

Retour de l’URSS

 

Ce qui frappe Gide, c’est le peuple :uni, enthousiaste. Le pays est « en construction » et chaque ouvrierveut y apporter sa brique. Gide rencontre le peuple sur les chantiers, dans lesusines, dans les « parcs de culture », lieux dédiés à l’instructiondes masses qui enthousiasment l’écrivain. Dans les camps de pionniers, lesenfants sont beaux et bien nourris. Dans le train qui le mène de Moscou àOrdjonikidze – on a réservé aux hôtes étrangers un luxueux wagon – il rencontredes Komosols en vacances, joyeuse bande de membres des jeunessescommunistes en villégiature : ils fraternisent et discutent passionnément.Mais Gide ne peut pas ne pas voir les files d’attente devant lesmagasins : les denrées sont rares, et seuls les premiers arrivés sontservis. Les magasins des grandes villes comme Moscou ou Leningrad sont beaux,mais les marchandises y sont rebutantes, on y trouve des fruits et légumes peuappétissants. Les vêtements sont uniformes et de piètre qualité :qu’importe, puisque la concurrence n’existe pas. Et le peuple estindolent : certes on croise parfois des stakhanovistes, mais l’exempledonné par ces derniers serait inutile dans un pays où le peuple seraittravailleur. Un kolkhoze que visitent Gide et ses compagnons est ravissant àvoir mais fonctionne sans lien avec les kolkhozes voisins : c’est unegestion irrationnelle. De plus, comme en ville, l’uniformité y est demise : le bonheur passe par la conformité.

Le pire et le meilleur cohabitent en URSS :on fait la queue pour se nourrir, mais la culture s’offre au peuple, qui ignorepourtant tout de ce qui se passe hors des frontières. Pire, la propagandeofficielle persuade la population que les autres pays sont très en deçà de ceque l’URSS offre à ses citoyens : quand Gide décrit le métro parisien, onle prend pour un affabulateur. Un métro à Paris ? Voyons, seule Moscou aun métro ! L’URSS est lumineuse, le reste du monde n’est que ténèbres,affirme la propagande. Les guides officiels présentent à Gide et ses compagnonsde merveilleuses réalisations édifiées à une vitesse stupéfiante, sans voir –est-ce volontaire ? – que les murs se fendillent et les bâtiments menacentde s’effondrer. Les sovkhozes modèles voisinent avec d’infâmes taudis, preuvesque la pauvreté existe encore, aggravée par la récente loi qui interditl’avortement et induit l’accroissement des classes pauvres. Plus dephilanthropie ni de charité, l’État est censé se charger de tout, alors lechacun pour soi fait loi. Nul ne peut se révolter : comme dans l’Allemagnede Hitler, la population est vassalisée. Quant à la solidarité avec lescamarades espagnols en lutte contre le franquisme, elle est inexistante :il faut attendre la position officielle du Parti avant de s’exprimer sur le sujet,ce qui stupéfie et indigne Gide. Sous Staline, les fronts sont courbés. Lesartistes, même les plus grands, ne produisent que des œuvres conformes auxexigences du Parti. La contestation par l’art a disparu et la médiocritédevient la norme. La religion est un ennemi contre lequel lutte le Parti communiste ;cependant la foi disparue, aveugle mais réconfortante, laisse un vide au cœurdu peuple, que rien ne comble. Certes, la ville modèle de Bolchevo où lesjeunes délinquants peuvent recommencer leur vie est un signe positif, mais les Besprizornis– enfants abandonnés – des grandes villes abondent encore : l’URSS et sesméthodes policières ne leur offrent pas d’issue.

 

Retouches à mon« Retour de l’URSS »

 

Les virulentes critiques que Gide reçoit aprèsla publication de son témoignage le poussent à répondre à sesdétracteurs : intellectuels, sympathisants communistes, dont certains sontde bonne foi et ignorent la réalité des choses, alors que d’autres connaissentla situation et choisissent de soutenir aveuglément le régime de Staline. Onaccuse Gide de superficialité, de mauvaise foi, voire de mensonge.

Comme dans son Voyage au Congo, il achoisi de quitter la voie tracée par un guide officiel et témoigne de ce qu’ila vu, répond l’auteur. Il a consulté les statistiques, rejeté la mauvaise foiet remis en cause ses préjugés. Il considère que la vérité ne sort pas del’organe officiel du Parti, la Pravda, mais de son propre témoignagedirect. Non, les mauvais résultats industriels ne sont pas dus au sabotage,mais à une mauvaise organisation, voire à l’incompétence des responsables. Oui,le décret contre l’avortement a aggravé la crise du logement. L’autocritiquelaïque a remplacé la confession chrétienne : même les plus grands artistesdoivent courber l’échine sous peine de se voir accusés de « délirecontre-révolutionnaire ». Les écoles sont nombreuses et gratuites, mais lematériel scolaire fourni et dont l’utilisation est obligatoire est de trèsmauvaise qualité : même les tables de multiplication imprimées sur lescahiers sont truffées d’erreurs.

Le salut n’existe que dans le Parti et saligne. Hors de cela, c’est l’exil en Sibérie. Alors on se surveillemutuellement, on dénonce son voisin, afin de se faire bien voir des autorités.La révolution censée libérer les Russes du joug tsariste a été dévoyée. Lepeuple n’a le droit de lire plus que les écrits choisis par les autorités. On avolé la révolution au prolétariat : bâillonné, ligoté, il ne peutrésister. Staline a partie gagnée, et les communistes du reste du monded’applaudir tous en chœur. L’URSS est une dictature gouvernée par une poignéed’hommes qui confisquent le pouvoir ; la masse du peuple n’a pas voix auchapitre. Gide témoigne que sous l’uniformité l’inégalité persiste : onoffre à l’invité de marque – Gide – un banquet de six plats, tandis quel’ouvrier pauvre survit avec six roubles par jour. Les cadres du Parti mangentmieux que les humbles – « Ils peuvent bien être inscrits au Parti :ils n’ont plus rien de communiste dans le cœur. » Gide distingue donc lecadre soviétique du communiste tel qu’il devrait être selon la doctrinemarxiste ; Staline a trahi la révolution.

Enfin, Gide témoigne de la chape de plomb quipèse sur la parole : en URSS, trop parler nuit. Citer les vers du poète Essenine,tombé en disgrâce, peut mener à l’exil en Sibérie. Même les propos tenus lorsd’un repas entre intellectuels sont bridés : les délateurs sont partout etle risque est grand. Gide rencontre un ouvrier et sa famille : un jour, onl’a dénoncé. De quoi l’accuse-t-on ? Il l’ignore. Toujours est-il qu’ilerre maintenant de ville en ville à la recherche d’une place, d’un emploi qu’onlui refuse, car il est suspect. Et cet excellent ouvrier vit dans une atrocemisère.

Gide conclut : qui conteste sontémoignage est ignorant ou de mauvaise foi. L’URSS de Staline est une dictatureoù les purs et les maigres sont vassalisés par le Parti.

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