Retour de l’URSS

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Le désenchantement moral et politique

Gide avait formulé son désenchantement moral comme '' un effroyable désarroi '', il revient naturellement quelque peu endolori de cette expérience terrible. À travers ce récit du voyage qu'il fera avec cinq amis en URSS en juin 1936, ces cinq amis étant également des fervents soutiens du communisme sont Jef Last, Louis Guilloux, Jacques Schiffrin, Pierre Herbartet et Eugène Dabit, qui sont comme l'auteur, de grands intellectuels de leur époque. Ils soutenaient ce régime politique, et y croyaient, comme un système privilégiant le travail, l'égalité entre les citoyens, et une meilleure participation au pouvoir et aux décisions de tous les domaines, s'opposant par là au capitalisme, qu'ils rejetaient, comme étant trop inégalitaire et permettant aux plus riches d'exploiter la force de travail des ouvriers. Gide et ses comparses y croyaient, comme si le régime avait appliqué les préceptes de Marx dans le Capital, lui qui prônait une révolution par le peuple, pour le peuple avec le concept de la classe pour soi et sa conception matérielle de l'Histoire. Il constate que c’est l’inverse qui se produit, les hommes sont loin de tous être égaux matériellement, si les propriétaires ont quasi disparu, c’est pour donner naissance à des fonctionnaires corrompus, une police sans limite et une administration inefficace, faisant son argent sur le dos de ceux qui travaillent dur dans les usines ou dans les champs. La hiérarchie demeure, elle a changé, mais existe toujours, et ce système sans classe n’a pas disparu non plus, il a évolué, vers une pérestroïka qui remplace la bourgeoisie et la noblesse.

Le séjour de Gide et de ses compagnons débuta ainsi le 14 juin 1936 dans la capitale soviétique Moscou, et comme il l’écrira dans son ouvrage pour répondre aux nombreux détracteurs de toute part critiquant ‘’ retour de l’URSS ‘’, dans Retouches A Mon "retour De L'U.R.S.S. ‘’, qu’il n’ était pas venu ‘’ en touriste ‘’ et qu’il se doutait tout de même à quoi s’attendre, et qu’il ne pensait pas que l’URSS était un paradis : ‘’ Ah! Que n'étais-je venu simplement en touriste ! Ou en naturaliste ravi de découvrir là-bas quantité de plantes nouvelles, de reconnaître sur les hauts plateaux la "scabieuse du Caucase" de mon jardin… Mais ce n'est point-là ce que je suis venu chercher en U.R.S.S. Ce qui m'y importe c'est l'homme, les hommes, et ce qu'on en peut faire, et ce qu'on en a fait. ‘’Cette réserve ne l’empêchera pas d’être terriblement déçu.

S'ils sont présents sur les lieux, ce n'est pas par hasard mais pour assister aux funérailles de Maxime Gorki, qui se déroulent le 18 juin. Maxime Gorki était l'écrivain officiel du régime soviétique, et André Gide le connaissait, et à cet égard il prononce un discours en l'honneur de Maxime Gorki sur la Place Rouge au centre de Moscou. On voit ainsi par les liens unissant les différents protagonistes, une amitié, et des convictions communes, un idéal politique partagé, d'où le désenchantement terrible des 6 voyageurs lorsqu'ils furent confrontés à la réalité. En effet, bien vite ils se rendront compte que ce que Gorki rédigeait en tant qu'écrivain officiel du régime était bien loin de la vérité. La misère, le manque de liberté, la police politique, les goulags naissant, le parti unique et la violence faite aux opposants politiques quand ce ne sont pas des assassinats, tout cela rompt avec l'image qu'ils avaient de l'URSS, ce qui constitue un choc terrible. Ce récit est relativement court, écrit rapidement, tel un carnet de voyage, comme si Gide avait eu besoin de se confier de ce qu'il avait vu, de son ressentiment à l'égard de ce système qui l'a trompé rend compte de cette déception.

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