Retour de l’URSS

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Le maintien d'un idéal politique

Gide formule donc une critique virulente à l’égard du communisme politique, ce qui, par son positionnement politique a encore plus d’impact. Mais il n’en renie pas pour autant son attachement au communisme, et continuera d’être proche du parti communiste (c’est le cas à partir de 1935). Il garde ainsi sa foi dans le parti communiste qui était à l’époque le seul parti politique à rejeter totalement le colonialisme. Il écrit en effet : ''C'est témoigner mal son amour que le borner à la louange ''. En cela il reprend l'idée de V. Hugo selon lequel '' sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ''. C’est à dire que ce n’est pas parce qu’il critique ce système et le communisme, qu’il le renie et qu’il l’abandonne.

Il trouve par ailleurs quelques excuses au système et à la révolution Marxiste qu’il souhaitait, estimant que cela peut prendre du temps, et que le bon côtoie le moins bon : ‘’ L'excellent fut obtenu au prix, souvent, d'un immense effort. L'effort n'a pas toujours et partout obtenu ce qu'il prétendait obtenir. Parfois l'on peut penser : pas encore. Parfois le pire accompagne et double le meilleur : on dirait presque qu'il en est la conséquence. Et l'on passe du plus lumineux au plus sombre avec une brusquerie déconcertante. ‘’Au bout de vingt ans, pour un régime qui ne s’est toujours pas normalisé, la patience resterait ainsi de mise, afin de savoir si la situation s’améliorera enfin, celle de l’avènement d’un homme nouveau, ou si cette révolution entraina un changement vers le pire. ‘’

Gide conserve ainsi un idéal politique, qu’il sait bien différent de ce qu’il a vu en URSS. Il estime qu’il faut lutter contre le système capitaliste des pays occidentaux, suivant le chemin tracé par les USA : il s’y oppose, et revendique ce statut, qui d’ailleurs selon lui confère sa valeur : '' la valeur d'un écrivain est liée à sa force d'opposition '', donnant ainsi sa définition et le rôle de l’art dans la société. Il n’hésite d’ailleurs pas à mettre en garde l’Europe contre les fascismes qui s’installent à cette période un peu partout, autour de la France (Italie, Espagne, Allemagne…). Il soutiendra par exemple le Front Populaire au cours de l’année 1936 et fêtera à cet égard sa victoire aux élections, amenant une liesse populaire.

Il préconise ensuite que l’idéal communiste soit respecté, c’est à dire de permettre aux hommes des basses classes sociales de jouir de leur droit, d’un minimum de dignité, de confort, de possessions matérielles, car sinon il ne les revendiquera jamais et ne comprendra jamais qu’il faut qu’il se batte pour cela. Les maintenir dans leur ignorance, l’entreprise de déshumanisation et de désindividualisation que l’URSS avait entamée, est contraire au communisme et Gide veut maintenir son idéal, au-delà du système libéral des pays occidentaux, pour une société plus égalitaire, mais aussi démocratique.

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