Rigodon

par

Des considérations sur la condition humaine

À travers cette expérience éprouvante et son récit, Céline va observer son environnement, ses compagnons de route, ainsi que faire une analyse sur lui-même. Il va prendre des cas précis de ce qu'il vivra, afin d'émettre ses considérations sur la condition de l'Homme dans son ensemble, aidée par ce qu'il y verra, la désolation, l'après-guerre, la misère…

Cette ambiance est d'emblée posée dès le début du roman où l'auteur disperse des textes çà et là volontairement hors récit, pour se moquer des journalistes et des analystes littéraires français qui lui demandaient sans cesse des interviews et des informations quant à une œuvre prochaine, entrevues qu'il déclinera naturellement. Ces vingt pages seront celles d'un langage très imagé, proche de l'argot parisien, '' Elle poulope et je boquillonne '', des phrases imagées dont la scène surgit directement aux yeux, affirmant son génie, sa vivacité du verbe et son imaginaire toujours intact qui avaient fait son succès. Il va aussi se plaindre de ses relations conflictuelles avec son éditeur qui refusait de l'éditer à '' La Pléiade '', l'œuvre sera publiée dans la collection Blanche en premier lieu. Une lettre de Céline à son éditeur, 2 jours avant de mourir : " Je crois qu'il va être temps de nous lier par un autre contrat, pour mon prochain roman "RIGODON"… dans les termes du précédent sauf la somme – 1 500 NF au lieu de 1 000 – sinon je loue, moi aussi, un tracteur et vais défoncer la NRF, et pars saboter tous les bachots !" .

Ce que Céline va vivre représente un désordre propice pour faire part de ses considérations sur de nombreux sujets, notamment ses favoris comme la condition humaine, la vie et la mort, l'expérience et son lien avec l'art. Viennent ensuite les thèmes de l'amour des siens, et les atrocités de la guerre, reprenant ses souvenirs exposés dans le Voyage au bout de la nuit, la guerre qui lui avait inspiré un dégoût certain de l’humanité, ce que la seconde guerre mondiale n'a pas démenti. Il va aussi écrire sur la diplomatie, l'avenir, le commerce, la mondialisation.

Céline réaffirme ses convictions dans ce roman, s'opposant aux politiques prônant le métissage, reprenant ses idées raciales et craignant la fin du règne de la '' race blanche '', et sait pertinemment que ces idées ont fini par le rendre quasi infréquentable par de nombreux intellectuels, il en profite pour fulminer Sartre entre autres qui avait déclaré ne s'être jamais senti si libre que sous l'occupation : '' Mais le ténia, à propos, que n’avait-il provoqué les boches, il aurait été en prison puisqu’il souffre d’être là à se promener bien libre… il avait tous les nazis, de pleines salles, au Sarah-Bernhardt !… il serait monté sur la scène il leur aurait dit : vous tous teutons je vous hais, pillards, tortionnaires, bientôt vous serez tous chassés ! bravo !… et puis hachés très menus ! et puis roustis… ça sera ma vengeance de Sartre ! foi de ténia ! vive la France libre ! Je crois qu’il aurait eu ce qu’il demande prison, patati… encore je suis pas bien sûr qu’ils l’aient jamais pris au sérieux '', bien que ce ne soit pas le seul à '' en prendre pour son grade '' : '' ça pourrait aller… tout à la main !… mais à présent regardez autour et dans votre journal habituel… ces bouilles à lunettes, à frisettes… je peux parler moi !… qu'ai tant à me faire pardonner !… mes trois points d'abord !… soi-disant renouveau du style !… Cousteau, l'Huma, Sartre, les Loges, l'Archevêque, s'en sont fait des maladies… et cent autres ! mille autres ! et qui s'en relèveront pas, jamais ! peuchère !… qu'en gigotent encore dans leurs tombes…'' ou encore des anciens amis " Je vois bien que Poulet me

boude… Poulet Robert condamné à mort… il parle plus de moi dans ses rubriques… autrefois j'étais le grand ceci… l'incomparable cela… maintenant à peine un petit mot accidentel assez méprisant. Je sais d'où ça vient, qu'on s'est engueulé… à la fin il m'emmerdait à tourner autour du pot !… vous êtes sûr que vos convictions ne vous ramènent pas à Dieu !" Il critique également ceux qui l'ont soutenu, comme Barjavel '' Je m'attendais à un petit effet… aucun !… au contraire ! – Son Barjavel, oh, là ! là! aussi pourri que lui !… à la fosse avec !". On ressent ainsi une certaine solitude, seul dans son esprit pour ses considérations, il fut seul également pour écrire, rendre compte de sa vie, son parcours, et tenter de se réhabiliter, conscient que ses opinions dérangeaient, se plaignant du monde entier en général.

Cela ne l'a pas empêché de persister et signer, croyant dur comme fer jusqu'à la fin, qu'il avait raison face au monde.

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