Roméo et Juliette

par

L'amour et la violence

Dans Roméoet Juliette, l’amour et la mort dansent un étrange ballet dont la mort desdeux protagonistes constitue l’apothéose. L’amour est dans la pièce intimementlié à la mort, comme si le spectre funèbre poursuivait les deux amants depuisleur rencontre jusqu’à leur fin tragique.

       Eneffet, Roméo et Juliette est une romance sur fond de guerre clanique.Cette violence rehausse d’autant plus la beauté de cette histoire d’amour, car ellerend celle-ci improbable. Alors que chaque famille compte ses morts, quiviennent renforcer le sentiment anti-Capulet ou anti-Montaigu selon le camp oùl’on se trouve, voilà que l’amour concilie l’inconciliable et unit deuxextrêmes. Cette union cependant, loin de faire taire les haines, semble plutôtles attiser et voici que l’on se tue encore plus d’un côté comme de l’autre.Ainsi, par exemple, lorsqu’au cours du bal Roméo tombe amoureux de Juliette enun regard, il est observé par Tybalt qui se jure de le tuer : « Ah ! Par l’antique honneur de marace, je ne crois pas qu’il y ait péché à l’étendre mort !» s’exclame cedernier au paroxysme de la rage.

       Cetteviolence paroxystique, si elle constitue peut-être quelque part le feu attiseurde ce sentiment, l’éteint aussi, et tragiquement. L’on peut certes reprocher àl’amour des deux protagonistes de n’avoir pas lutté, de ne pas s’être affiché,mais c’est mal connaître les rouages de la société véronaise de cette époque.Car si l’amour échoue à endiguer la violence, ce n’est pas faute d’avoiressayé, bien loin de là. Mais c’est sans compter sur la puissance des atavismesqui régit le cœur humain. Certes, il parviendra à son but, mais à quelprix ? L’amour comme solution à la violence dans l’œuvre de Shakespeareapparaît un peu comme la guerre des colombes face à une armée de faucons – uneimmense gageure qui réussit pourtant, mais en versant aux dieux de la violenceet de la colère un tribut aussi lourd que la paix gagnée. Seule restera laleçon. 

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