Sous l'orage

par

La condition féminine et le mariage

La question du mariage estlargement traitée dans le roman de Seydou Badian. Même s’il n’en est pas lethème principal, il est l’élément déclencheur de la confrontation culturelle ausein de la famille, et un exemple particulièrement intéressant des différencesentre les conceptions traditionnelles africaines et la conception occidentale.

Bien que dans aucune des deuxcivilisations la condition de la femme n’était ce qu’elle est aujourd’hui, et queles femmes étaient encore considérées à bien des égards comme des êtresinférieurs et des objets soumis à l’entière autorité de la société patriarcale,leur place dans le mariage était quand même bien distincte d’une culture àl’autre.

Ainsi, alors que la femme avait,dans une certaine mesure, le droit à la parole lorsqu’il était question de sonpropre mariage, et qu’il était déjà largement admis en Occident que leconsentement de la femme est requis, la culture traditionnelle africainefaisait du mariage une union entre deux familles, et non entre deux personnes,comme le met en évidence Sous l’oragede Seydou Badian. De fait, le mariage est le ciment d’une alliance desolidarité qui se crée entre les deux familles alliées. Le mariage n’est qu’uneformalité, un moyen de donner forme à ladite alliance. Ainsi, l’avis des épouxest superflu, étant donné que la question matrimoniale est du ressort des chefsde famille, en l’occurrence le père Benfa.

L’idée d’autoriser un mariage paramour n’est donc pas uniquement révolutionnaire au regard des éditstraditionnels, mais l’idée paraît insensée, étant donné que serait laissée lafaculté à des jouvenceaux irresponsables, gouvernés par leurs sentimentsindividuels et non par l’intérêt du clan familial, de lier entre différentesfamilles des alliances nées du désir et non d’une quelconque quête d’avancementsocial.

« Ouinous avons le droit d’imposer qui nous voulons à Kany parce que Kany a quelquechose de nous : elle porte notre nom, le nom de notre famille. Qu’elle seconduise mal et la honte rejaillit sur notre famille. Il ne s’agit donc pasd’une personne, mais de tout le monde. Tu me parles de ton camarade ? Voyons,qui est-ce qui l’a choisi ? Kany, me diras-tu ; mais, dis-moi, crois-tu que Kany,à elle seule, puisse mieux juger que nous tous réunis ? Le mariage n’est pasune plaisanterie, il ne peut être réglé par ceux qui ne rêvent que de cinéma,de cigarettes et de bals. »

À bien des égards, la question poséepar Sous l’orage se résume à ladifférence de conception qui existe entre les traditions africaines séculaireset l’enseignement moderne ; entre la culture de la solidarité etl’individualisme occidental – une réflexion que l’auteur parvient habilement à déployerà travers la question du rôle du mariage dans son pays natal.

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