Sous l'orage

par

Un roman engagé

Le roman africain d’expression françaiseest connu pour son engagement. La plupart de ces romans (parus sous le joug ducolonialisme ou à l’époque des indépendances africaines) constituent unréquisitoire contre l’influence de la société occidentale sur le paysage socialet culturel de l’Afrique. En effet colonisation et culture sont des concepts quis’entrechoquent, et les auteurs d’alors ont fait le choix d’exprimer leursaccusations dans la langue du colon. C’est également le cas de Seydou BadianKouyaté et de son ouvrage Sous l’orage.

Sousl’orageest un roman engagé qui met l’accent sur l’effacement culturel dont l’Afriqueest la victime depuis la colonisation. Il montre une culture africaine mise àmal par les idéaux nouveaux inculqués aux jeunes générations par l’éducationoccidentale. Comme pour démontrer que l’éducation est une arme redoutable,l’auteur fait ressortir le clivage culturel qui naît dans la famille du pèreBenfa et finit par saper son autorité. Il n’est plus perçu comme le patriarche,détenteur de la sagesse des anciens, et le mieux renseigné pour guider lafamille. Ses propres fils le considèrent comme le monument à un ordre révoluqui s’obstine à vivre dans le passé, plutôt que de se tourner vers lamodernité.

« Jesais le sentiment qui vous anime en ce moment c’est de l’orgueil. Il n’a pas saplace ici. Encore une fois, les vieux ne sont pas vos rivaux mais vos aînés,vos pères […] les vieux sont plutôt malheureux. Imaginez un homme qui, encoretrès riche hier, se trouve aujourd’hui sans rien. On lui annonce que sesrichesses n’ont plus de valeur […] et cela sans préparation aucune, avec labrutalité d’une pluie d’été. »

Ici, l’auteur condamne le systèmecolonial qui procède à un endoctrinement systématique de la jeune génération.Un endoctrinement qui fait que les jeunes cherchent à se dissocier de laculture « noire » inférieure pour marcher vers la modernité et leprogrès que promet la culture du « blanc ».

Elle est là, la question quesoulève le roman de Seydou Badian : la modernité a-t-elle systématiquementplus de valeur que les acquis de la tradition africaine ? Doit-on passeroutre les interdits et les recommandations des aïeux pour prendre àbras-le-corps les préceptes d’un autre peuple ? Seydou Badian, dans Sous l’orage, se donne la délicatemission de faire la part des choses entre modernité et tradition, de façon àmontrer les mérites de chaque mode de pensée, et à permettre un amalgame entrela modernité et la tradition. Il invite le lecteur, tout comme Tiéman lesoigneur, à faire le choix de ce qu’il y a de mieux dans chaque culture. Ainsi,Seydou Badian prône une avancée des peuples vers la modernité, mais une avancéequi n’implique pas de se délester de la richesse culturelle, de toutes lestraditions et de la sagesse millénaire du continent noir.

« Iln’est pas question pour vous de fuir votre milieu. Cherchez plutôt à agir surlui. Cherchez à sauver ce qui doit être sauvé et essayez d’apporter vous-mêmesquelque chose aux autres : une figure dans l’ébène, le paysage rutilant de cheznous sur une toile de peintre ! […] Il ne s’agit pas évidemment de toutaccepter. Mais faites un choix. Les coutumes sont faites pour servir leshommes, nullement pour les asservir. Soyez réalistes ; brisez tout ce quienchaîne l’homme et gêne sa marche. Si vous aimez réellement votre peuple, sivos cris d’amour n’émanent pas d’un intérêt égoïste, vous aurez le courage decombattre toutes ses faiblesses. Vous aurez le courage de chanter toutes sesvaleurs. »

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