Surveiller et punir

par

La généalogie du pouvoir disciplinaire

Nous en avons convenu, le livre doit être avant tout lu comme une généalogie du pouvoir disciplinaire, qui retrace les liens de cause à effet qui ont mené à notre système carcéral actuel, et les relations qui existent entre les différentes structures étatiques.

Tout d’abord, l’auteur introduit le sujet avec la présentation de la peine la plus affreuse qui existait au XVIIe siècle, le supplice. Il dépeint avec minutie et précision le châtiment de Damiens, un condamné à mort, et explique de quelle façon cette manière de punir a été remplacée peu à peu par d’autres méthodes. Il est clair que les changements politiques de l’époque y ont contribué : en effet, l’exécution publique avait valeur de spectacle, de mise en scène, et permettait au pouvoir monarchique d’asseoir un peu plus son autorité : « La guillotine, cette machinerie des morts rapides et discrètes, avait marqué en France une nouvelle éthique de la mort légale. Mais la Révolution l'avait aussitôt habillée d'un grand rituel théâtral. Pendant des années, elle a fait spectacle. »

Puis, vient le temps où la monarchie s’affaiblit et où l’aristocratie se voit réduite au profit de la classe bourgeoise qui se développe. Avec l’augmentation démographique qui en résulte, et la nouvelle priorité de la possession et du bien, le type de criminalité change. Celle-ci se raréfie, et vise dorénavant plutôt les biens matériels que les personnes elles-mêmes, ce qui rend le nombre d’exécutions plus faible et donc, celles-ci, moins banales, sont plus décriées. Avec le développement des idées des Lumières, les mentalités évoluent et l’on se révolte de plus en plus contre le supplice.

Il est donc, au XVIIIe siècle, éthiquement et moralement important d’instaurer une nouvelle institution punitive, plus « humaine » et plus « adaptée » à chaque cas que le supplice. Ainsi, partant d’une intention louable, on adapte la peine d’emprisonnement à chacun, et la détention remplace l’exécution dans l’esprit commun : « Mais on peut sans doute retenir ce thème général que, dans nos sociétés, les systèmes punitifs sont à replacer dans une certaine « économie politique » du corps : même s'ils ne font pas appel à des châtiments violents ou sanglants, même lorsqu'ils utilisent les méthodes « douces » qui enferment ou corrigent, c'est bien toujours du corps qu'il s'agit — du corps et de ses forces, de leur utilité et de leur docilité, de leur répartition et de leur soumission ».

 

Or, nous avons vu qu’à cette époque, évoluent aussi les priorités : le capital prend de l’importance, le bien matériel appartient désormais à une élite et il est possible, et même nécessaire pour le bien du pays, de faire fructifier cette richesse. Or la criminalité prend le contrepied de cette richesse, va contre la productivité.

Ainsi, le peuple, criminel potentiel, doit être discipliné afin de se mettre au service de la productivité. Il devient nécessaire, sous couvert des intentions humanistes des Lumières, de distinguer cette population en différentes catégories étroitement surveillées, afin d’augmenter son rendement.

Ici, Foucault prend l’exemple du quadrillage : dans une ville atteinte par la peste, on va diviser la population, les quartiers, pour pouvoir mieux surveiller chaque parcelle et empêcher que la maladie ne se répande. Ainsi, en quadrillant la société et en la divisant en cellules distinctes, il devient beaucoup plus aisé de la contrôler et de la rendre productive. Ce quadrillage prend en réalité la forme concrète d’institutions : hôpitaux, écoles, ateliers, etc. « Dans les usines qui apparaissent à la fin du XVIIIe siècle, le principe du quadrillage individualisant se complique. Il s'agit à la fois de distribuer les individus dans un espace où on peut les isoler et les repérer ; mais aussi d'articuler cette distribution sur un appareil de production qui a ses exigences propres. Il faut lier la répartition des corps, l'aménagement spatial de l'appareil de production, et les différentes formes d'activité dans la distribution des “postes”. »

 

Chacune est régie par un système de surveillance sur le peuple qui y vit, dans les limites d’une liberté qui lui donne une chimère de libre-arbitre et lui permet de ne pas se sentir trop contraint. Seulement, la machine disciplinaire étant bien huilée, tous les actes sont surveillés et dirigés en direction du développement du pays et de la réduction de la criminalité. Nous pouvons résumer la situation ainsi : tant que les individus travaillent, ils ne commettent pas de crimes. S’ils ne commettent pas de crimes, ils n’entravent pas le développement de la richesse. Mais pour travailler, ils doivent être surveillés. Ainsi, la surveillance remplace la punition, puisqu’elle a pour but de prévenir le crime.

De cette manière, Foucault établit la généalogie du pouvoir disciplinaire en mettant en lumière la façon dont elle évolue et les changements qui l’actionnent. Ainsi, nous comprenons qu’il existe un lien étroit entre pouvoir et punition.

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