Tartarin de Tarascon

par

La dimension morale du roman

L’interprétation de Tartarin de Tarascon reste ouverte, maisle récit comporte assurément de nombreux enseignements. D’abord, Daudet toucheà la question de la subjectivité propre aux récits que l’on peut faire d’événements.Son personnage, Tartarin, voit les choses non pas telles qu’elles sont, ou tellesqu’elles se sont produites, mais uniquement « comme il veut qu’ellessoient ». Ainsi, à ses yeux : un âne devient un lion, une femme biendifférente de celle qu’il recherche finit par lui correspondre dans son esprit,et un traître à l’affût de la moindre occasion de sévir paraît un prince toujoursobligeant.

« Aupremier abord, elle parut au Tarasconnais plus petite et plus forte que laMauresque de l’omnibus… Au fait, était-ce bien la même ? Mais ce soupçon nefit que traverser le cerveau de Tartarin comme un éclair. »

Un autre exemple est le voyage àShanghai de Tartarin, qui n’a jamais eu lieu, mais chacun, à Tarascon, a su seconvaincre de sa réalité à force d’en parler. Ainsi, le roman condamne lecomportement qui consiste à s’infliger une cécité volontaire lorsquel’imaginaire ou les apparences se conforment mieux que la réalité auxaspirations qu’on a pour soi-même.

Un autre thème abordé par leroman est l’orgueil. Si Tartarin est livré à de nombreuses misères pourlesquelles il n’est que trop mal préparé, c’est parce qu’il est sensible auregard que ses voisins tarasconnais portent sur lui. C’est donc une amère leçond’humilité que Tartarin reçoit lors de sa chasse au lion. Malgré son orgueil etla confiance qu’il a en ses compétences, il n’est pas capable de se montrer àla hauteur de ses ambitions. Il s’agit là de savoir admettre les limites de sespossibilités et la réalité telle qu’elle est.

Mais encore, le roman est unemise en garde contre les propos prétentieux qui ne correspondent pas à laréalité. Tartarin se retransforme après son retour à Tarascon en mythomane etenjolive à nouveau le récit de ses aventures. 

« Etdéjà sous l’influence du soleil tarasconnais, ce beau soleil, qui fait mentiringénument, il ajouta, en caressant la bosse du dromadaire :

–C’est une noble bête !… Elle m’a vu tuer tous mes lions.

Là-dessus,il prit familièrement le bras du commandant, rouge de bonheur ; et, suivide son chameau, entouré des chasseurs de casquettes, acclamé par tout lepeuple, il se dirigea paisiblement vers la maison du baobab, et, tout enmarchant, il commença le récit de ses grandes chasses :

–Figurez-vous, disait-il, qu’un certain soir, en plein Sahara… ».

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