Tartarin de Tarascon

par

Le burlesque dans le roman

« L’homme du Midi ne ment pas, il se trompe. Il ne dit pas toujours la vérité, mais il croit la dire… Son mensonge à lui, ce n’est pas du mensonge, c’est une espèce de mirage… ». Cette citation résume bien le burlesque dans le roman d’Alphonse Daudet. L’auteur se sert de son personnage principal pour faire de son roman une œuvre burlesque où le comique et le ridicule succèdent invariablement à la prétendue grandeur.

Tartarin de Tarascon est un homme dont les titres et les prétentions sont bien au-delà de la réalité des faits. Il est le meilleur chasseur du village, l’homme le plus courageux, et il jouit d’une grande considération auprès des villageois. Pourtant, dans les faits, personne ne l’a jamais vu chasser et le courage qu’on lui prête n’a jamais été démontré au grand jour. Ce n’est pas uniquement son entourage qui se méprend sur les vertus de Tartarin, mais le personnage lui-même y croit.

« De l’herbe foulée, une mare de sang, et, au milieu de la mare, couché sur le flanc avec une large plaie à la tête, un… Devinez quoi !…

– Un lion, parbleu !…

Non ! un âne, un de ces tout petits ânes qui sont si communs en Algérie et qu’on désigne là-bas sous le nom de bourriquots. »

En construisant le personnage de Tartarin, l’auteur met côte à côte la grandeur et le ridicule. En effet, à bien des occasions, le lecteur est invité à être témoin des efforts de Tartarin pour accéder à une certaine grandeur. Il part pour l’Algérie dans l’espoir de tuer un lion de l’Atlas, mais plutôt que de réaliser l’exploit, il collectionne des échecs plus risibles les uns que les autres. Ainsi, la première fois qu’il se retrouve face à un lion, il s’agit en fait d’un âne, puis il abandonne la chasse lorsqu’il se retrouve aux côtés de Baïa ; il oublie donc la mission qu’il s’est fixée. Et pour couronner ce périple honteux où le héros tarasconnais ne cesse de tomber malade, de s’évanouir, de se montrer trop naïf et particulièrement peureux, le lion que Tartarin finit par tuer est une bête apprivoisée, aveugle et sans défense.

Somme toute, le personnage se transforme au cours de la lecture en une véritable parodie de chasseur. Et toutes les vertus dont il se vante sans cesse sont systématiquement déconstruites pour révéler les défauts du personnage. Ce n’est pas un grand voleur qui le dépossède, c’est un criminel de bas étage, et ce n’est pas une grande femme qui le trompe, mais une femme quelconque.

« – Quand je vous disais de vous méfier des Algériennes ! fit sentencieusement le capitaine Barbassou. C’est comme votre prince monténégrin.

Tartarin releva la tête.

– Vous savez où est le prince ?

– Oh ! il n’est pas loin. Il habite pour cinq ans la belle prison de Mustapha. Le drôle s’est laissé prendre la main dans le sac… Du reste, ce n’est pas la première fois qu’on le met à l’ombre. Son Altesse a déjà fait trois ans de maison centrale quelque part… et, tenez ! je crois même que c’est à Tarascon. »

Ainsi, Daudet parvient à faire cohabiter en un même personnage d’ambitieuses prétentions de grandeur et une trivialité constante. Et, alors que nul exploit ne peut être mis à son compte, Tartarin rentre tout de même à Tarascon pour profiter d’une gloire dont il partage joyeusement les détails. A beau mentir qui vient de loin, dit le proverbe, et c’est particulièrement vrai en ce qui concerne Tartarin de Tarascon

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