Théétète

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Résumé

Il y a deux personnages essentiels de notre civilisation qui n’ont – et c’est un grand regret – pas laissé d’écrit : Jésus-Christ et Socrate. Heureusement, on a écrit sur eux. Pour le second, les dialogues de son disciple Platon sont un parfait lieu pour restituer sa méthode, qui ne consiste jamais à fixer un système de pensée, mais toujours à faire penser autrui de la meilleure manière qui soit, en alimentant sa réflexion par de petites questions bien senties qui, au fil des mots, font apparaître des vérités. Ainsi, le Théétète, par ailleurs l’un des derniers dialogues de Platon à mettre en scène Socrate, n’échappe pas à ce dispositif.

 

         Le Théétète s’ouvre par un prologue assez court dans lequel deux personnages, Euclide et Terpsion, se rencontrent. Terpsion se montre de n’avoir pas croisé Euclide plus tôt ; Euclide explique qu’il était absent car il escortait à Érinos le fameux Théétète, blessé pendant une bataille et souffrant de dysenterie. Euclide et Terpsion se mettent alors à discuter de Théétète et on comprend que le jeune homme est estimé de tous, qu’on le considère comme beau et bon (les deux vertus qu’un Grec cherche avant tout à obtenir). Socrate lui-même, avant son procès et sa condamnation à la peine capitale, avouait que Théétète, alors encore adolescent, était beau et bon.

         Terpsion et Euclide, après cet éloge de Théétète, sont amenés à parler d’une discussion qu’il a eue, adolescent, avec Socrate. C’est Euclide qui en a entendu parler. Il n’a pas été témoin de la discussion mais Socrate lui a tout rapporté et Euclide l’a consignée par écrit sous la supervision du philosophe. Euclide demande à un de ses esclaves d’en faire la lecture à voix haute, pour en faire profiter son camarade Terpsion.

         On entre alors dans le dialogue à proprement parler même si au début, Socrate parle avec un certain Théodore. Il lui demande s’il a rencontré à Athènes un jeune homme qui vaut vraiment la peine qu’on s’attarde sur lui. Théodore réfléchit et pense justement à un jeune homme qui lui rappelle Socrate : il est laid mais bon, humble et courageux. Socrate, alléché par un tel descriptif, souhaite parler au jeune homme. Théodore fait donc amener Théétète. Socrate, sans attendre, l’assaillit de questions : il veut savoir ce qui fait la spécificité de ce jeune homme que tout le monde loue. Pour ce qui est de l’apparence physique, Socrate rejette d’emblée le jugement de Théodore qui, pour lui, n’a pas le sens de la physionomie ; en revanche, pour ce qui est de la similarité dans la bonté d’âme, il lui accorde le bénéfice du doute et veut examiner Théétète par lui-même. Théétète se prête au jeu avec joie.

         Socrate veut, tout d’abord, savoir ce que Théodore apprend à Théétète. Puis il soumet quatre thèses à Théétète : « Les sages sont sages par la sagesse » ; « Apprendre, c’est devenir plus compétent sur ce que l’on apprend » ; « Mais nous sommes compétents en ce en quoi nous sommes aussi savants » ; « Par conséquent, science et compétence sont la même chose. »

         En affirmant ces quatre thèses, Socrate écarte l’idée qu’un savoir sans savoir-faire est suffisant. Mais, au-delà de ces affirmations, il est embarrassé – embarras affecté, manifestement, qui pousse l’interlocuteur à réfléchir avec lui – par la manière dont on doit définir la science.

         Cette problématique heurte Théodore, puisque Socrate remet en question le type d’éducation qu’il donne à Théétète – une éducation sophistique, qui enseigne la science sans définir la science. Théodore refuse de discuter car il estime être trop vieux.

         Socrate, suite à ce refus de discuter, explique qu’il est guidé par l’amour du dialogue, le dialogue étant un moyen de construire une amitié et non pas le lieu d’une joute dont le but seul serait de vaincre l’adversaire.

         Socrate demande à Théétète ce qu’est la science. Théétète lui fait alors un inventaire des sciences. À ces mots, Socrate réplique avec ironie que Théétète est généreux : il lui avait demandé une définition, et il a reçu des dizaines d’exemples. Socrate démontre alors à Théétète qu’il a répondu à la question « combien y a-t-il de sciences ? » plutôt qu’à celle réellement posée qui était « qu’est-ce que la science ? ». Théétète doit donc trouver une définition qui rassemble toutes les sciences qu’il a citées sans les énumérer.

         Il propose alors une nouvelle définition : « La science c’est la sensation. » Socrate remarque alors que Théétète est en accord avec un penseur qui n’a pas exactement l’aval du maïeuticien. Il lui objecte une série de questions : « Pourquoi payer Protagoras pour qu’il vous apprenne que ce que vous sentez est la vérité ? » ; « Les rêves sont ressentis, sont-ils vrais pour autant ? » ; « Si ce que l’on pense est la vérité, ceux qui pensent que Protagoras a tort ont raison ? ». Il finit par réfuter totalement la thèse en démontrant que la perception ne permet pas d’accéder à la vérité, et donc qu’il faut distinguer science et sensation.

         Une nouvelle fois, Théétète, convaincu par Socrate, propose une nouvelle définition : « La science, c’est l’opinion vraie. » Socrate n’est pas d’accord puisqu’on peut avoir une opinion vraie sans avoir de savoir. Il prend pour exemple celle d’un juge qui prononcerait un jugement correct alors même qu’il ne sait rien, en réalité, de ce qui s’est passé, n’en ayant pas été témoin.

         Une fois encore, Théétète propose une nouvelle (et ultime) définition, qui se nourrit de la précédente en la complétant : « La science, c’est l’opinion accompagnée d’une définition. » Socrate semble approuver mais, mise en abyme ultime, il veut savoir quelle est la définition d’une définition, selon Théétète. Si par définition, il entend « formuler sa pensée », ou bien « connaître le chemin qui conduit, élément par élément, jusqu’au tout », ou encore « identifier ce qui différencie les objets », alors cette définition de la science n’a pas de valeur. Pour autant, Socrate ne formule pas de définition de « définition » positive, on doit la déduire, en creux, à partir de ce qu’il dit que la définition ne doit pas être.

 

         Une fois les textes et théories de Platon étudiés, il reste toujours un geste de pensée très intéressant à accomplir : se pencher sur ce que raconte parallèlement Aristote. Les deux philosophes, tout antiques qu’ils soient, sont néanmoins fondateurs des deux grands courants de pensée opposés qui structureront les débats humains jusqu’à aujourd’hui et certainement jusqu’à l’extinction de toute humanité. La philosophie est une discipline savoureuse car on peut directement plonger parmi les pensées des plus grands auteurs, dans la source même de la réflexion, alors qu’en littérature par exemple il faut un bagage important pour réussir à pénétrer – sans s’y retrouver démuni – l’univers de génies tels que Joyce ou Proust.

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