Théétète

par

L’enjeu

Socratedébute toujours ses dialogues par une approche paradoxale du problème. Eneffet, il pousse son interlocuteur à tomber dans une impasse au cours de saréflexion, d’où la nécessité absolue qui apparaît de parvenir à y répondre.Ici, il impose l’obligation de définir la science, sans quoi celle-cideviendrait, à l’instar de la matière des sophistes, une simple croyance fondéesur une compétence.

« Si donc nous étions habiles et sages, toi et moi,après avoir approfondi tout ce qui concerne l’esprit, nous pourrions dès lors,en manière de passe-temps, nous éprouver l’un l’autre, lutter entre nous à lamanière des sophistes, en choquant réciproquement arguments contre arguments.Mais n’étant que des hommes ordinaires, nous chercherons avant tout àconfronter nos pensées pour voir ce qu’elles valent et voir si nous lestrouvons bien d’accord, ou si elles ne le sont en aucune manière. »

Enréalité, son raisonnement comporte quatre étapes. Dans la première étape, Socrateenvisage la possibilité que la compétence et la sagesse soient synonymes.Ainsi, les compétents sont compétents par la compétence, ce qui implique qu’ilsdoivent recevoir cette compétence, donc apprendre. Cependant, apprendre, c’estdevenir plus compétent sur ce que l’on apprend. Mais nous sommes compétents ence en quoi nous sommes aussi savants. C’est à ce stade du raisonnement que le problèmese pose : en effet, si être compétent c’est apprendre, et quel’apprentissage est nécessaire à la compétence, alors lequel de ces deuxaspects vient fonder l’autre ? Par lequel commençons-nous ?Sommes-nous compétents parce qu’on apprend, ou bien apprenons-nous pour êtrecompétents ? Et puisque l’apprentissage, c’est l’acquisition de nouvellessciences, alors compétence et science seraient la même chose : « ayant établi qu’autre chose estposséder une science, et autre chose l’avoir, nous affirmons qu’il estimpossible de ne point posséder ce qu’on possède, en sorte qu’il n’arrivejamais qu’on ne sache point ce qu’on sait, mais que pourtant il est possibled’avoir une opinion fausse à son sujet, parce qu’on peut n’avoir pas la scienced’un objet, mais celle d’un autre en sa place […]. »

À ce stade,nous sommes incapables de définir la science, nous ne pouvons pas savoir ce quialimente notre compétence, et réciproquement nous ignorons de quelle manièreêtre plus compétents. Par conséquent, il est nécessaire de trouver unedéfinition fiable de la science, sans quoi l’apprentissage et l’acquisition dela compétence seraient fondés sur une illusion.

Par ceraisonnement, Socrate prend le risque de blesser Théodore, le maître deThéétète dont nous avons parlé plus haut, restant fidèle à son image de taonchatouilleur. Cependant, il désire simplement avancer avec ce dernier vers lavérité.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L’enjeu >