Théétète

par

Une leçon sous forme de dialogue

Le Théétète est un dialogue mettant enscène Socrate et d’autres protagonistes que le philosophe soumet à uninterrogatoire ; il les pousse dans leurs retranchements afin de les fairedouter, ce qui est le principe même de la recherche de la vérité d’après lui.L’esprit doit remettre en question ce qu’il considère comme acquis afin dedécouvrir, non pas pourquoi lapersonne pense de cette manière, mais commentelle en arrive à penser. Ainsi, les faisant se heurter à des paradoxes, Socrateguide les Athéniens sur le chemin de la vérité, en piquant au vif leurs idéespréconçues et en leur faisant reconnaître, par la logique et la raison, les traversde leur pensées.

Socrate nese targue pas de connaître la vérité, loin de là. Il la recherche sans cesse etarpente les chemins de la philosophie consciemment, en remettant sans cessetout en doute jusqu’à ce qu’il ait trouvé une réponse satisfaisante à sonproblème. Socrate, comparé par ses détracteurs à un taon venant piquer laconscience de ses interlocuteurs, et créant par le doute le même inconfort quela brûlure qui s’ensuit après la visite du désagréable insecte, désiresimplement accompagner les sujets de ses dialogues dans la quête d’une véritéun peu plus en adéquation avec le réel que ce que l’habitude ou le manqued’intérêt pour une question fait se représenter.

Ainsi,dans le dialogue sur lequel nous allons nous pencher, Théétète, un jeunemathématicien athénien, soumis à l’enseignement de Théodore, doit répondre à laquestion suivante : « Qu’est-ce que la science ? ».

« Nous entrons maintenant dans le vif du sujet :qu’est-ce que la science ? Théétète va proposer successivement trois définitionsqui seront examinées et repoussées l’une après l’autre : 1° la science est lasensation ; 2° la science est l’opinion vraie ; 3° la science estl’opinion vraie accompagnée de raison. »

Il esttout d’abord important de préciser le parallèle qu’on peut établir entreSocrate et le jeune Théétète. Bien que la différence d’âge soit remarquable,tous deux possèderaient (selon Théodore du moins) une apparence extérieuredéplaisante, mais sont également pourvus d’une richesse intérieure similaire,digne d’être louée et admirée. Le domaine de prédilection de l’un et de l’autrediffère cependant : l’un est un maître en sciences et l’autre enphilosophie. Il faut noter que cette distinction n’est pas si évidente àl’époque de Socrate puisque philosophes, mathématiciens et physiciens seconfondaient. En effet, c’est en cherchant à répondre à la question del’essence de la matière qui constitue le monde qui nous entoure que lesphilosophes émettent pour la première fois l’hypothèse de l’atome. S’ensuivront,étroitement liées, les théories et les recherches sur l’infiniment petit etl’infiniment grand, l’univers et ses limites, la conscience que l’homme peut enavoir… Ainsi, les deux membres du dialogue, Socrate et Théétète, vonttravailler de concert pour tenter de répondre à la question de la définition dela science.

« Oui, viens, Théétète, que je me regarde moi-mêmeet voie comment est fait mon visage ; car Théodore prétend qu’il ressembleau tien. Or si chacun de nous deux avait une lyre et que Théodore affirmâtqu’elles sont montées à l’unisson, le croirions-nous sur-le-champ, ouexaminerions-nous s’il est compétent en musique pour parler de la sorte ? […]

Mais si c’était l’âme de l’un de nous qu’il vantât poursa vertu et sa sagesse, ne serait-il pas juste que celui qui aurait entendul’éloge s’empressât d’examiner celui qui en est l’objet et que celui-cis’empressât aussi de découvrir son âme ? »

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