Traité sur la tolérance

par

L’Église intolérante

Voltairetient l’Église pour responsable d’un nombre considérable de fautes et decrimes. Toutefois, l’auteur fait la part des choses entre la religion et l’Églisequi la représente. Ainsi, bien que chrétien lui-même, Voltaire reproche à l’Églisele manque de tolérance dont elle fait preuve depuis bien avant les croisades,jusqu’à son époque. Pourtant, comme le démontre l’auteur à l’issue d’une longueanalyse, rien dans la loi naturelle ou dans les principes de la religion nejustifie cette intolérance brutale et sanguinaire.

« Le droit de l’intolérance estdonc absurde et barbare ; c’est le droit des tigres, et il est bien plushorrible, car les tigres ne déchirent que pour manger, et nous nous sommesexterminés pour des paragraphes. »

Maisencore, en se renseignant sur les religions que le christianisme a souventpersécutées et anéanties, Voltaire trouve des exemples de tolérance qui sontdignes de devenir des exemples pour la religion chrétienne et les civilisationsmodernes. Il semble inviter les hommes à changer de perspective quant à lareligion et à s’approprier, dans le respect de leurs propres préceptes, lesréalités des autres cultes.

« Je peux me tromper, mais il meparaît que de tous les anciens peuples policés, aucun n’a gêné la liberté depenser. Tous avaient une Religion ; mais il me semble qu’il en usaientavec les hommes comme avec leurs Dieux ; ils reconnaissaient tous un Dieusuprême, mais ils lui associaient une quantité prodigieuse de Divinitésinférieures ; ils n’avaient qu’un culte, mais ils permettaient une foulede systèmes particuliers. »

Ainsi,de façon paradoxale, il semble que ce soient les civilisations les plus« barbares », avec leurs foules de divinités et leurs mœurs étranges,qui aient fait le plus preuve de tolérance à l’endroit de leurs prochains,tandis que les religions monothéistes ont de tout temps répandu au nom de leur suprématiele sang des hommes. Toutefois, il met l’accent sur le fait que l’intolérancequi aurait pu être perçue comme un devoir divin dans certaines religions a,depuis lors, cessé d’être appliquée.

Voltaires’attaque encore à la question de l’intolérance en touchant à celle de lapersécution des chrétiens, et donc à celle des martyrs. Il soulève le pointintéressant de savoir pour quelles raisons on aurait reproché aux chrétiens d’avoirun culte pour un homme à une époque où d’infâmes personnages tels qu’Antoniusavaient intégré le panthéon des divinités romaines.

Voltairepropose de s’affranchir du clergé qui, à ses yeux, est la source del’intolérance de la religion chrétienne. En effet, il est peu compréhensible qu’unereligion qui prône l’amour du prochain et qui se veut divine cherche à régner parla haine, par les fureurs, les exils, les emprisonnements, les tortures ou lesmeurtres.

« Plusla religion Chrétienne est divine, moins il appartient à l’homme de la commander ;si Dieu l’a faite, Dieu la soutiendra sans vous. Vous savez que l’intolérancene produit que des hypocrites ou des rebelles ; quelle funestealternative ! Enfin, voudriez-vous soutenir par des bourreaux la Religiond’un Dieu que des bourreaux ont fait périr, et qui n’a prêché que la douceur etla patience ? »

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