Traité sur la tolérance

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Un plaidoyer contre l’intolérance

Letraité s’ouvre sur une « Histoire abrégée de la mort de Jean Calas ».Y est rappelé comment Jean Calas, en raison de son appartenance religieuse, aété inculpé, torturé et condamné à mort pour le meurtre présumé de son proprefils. Ce n’est pas la brutalité de la peine et la barbarie avec laquelle l’affairea été conduite qui interpelle le plus Voltaire. En effet, le fond du traitétouche à la question de l’intolérance et dans le cas de Jean Calas, il s’agit d’intolérancereligieuse. Aucune preuve concrète n’est retenue contre Jean Calas, père de Marc-AntoineCalas, qui aurait voulu se convertir au catholicisme. Seule joue contre lui uneprésomption de culpabilité, une présomption qui, à elle seule, n’aurait passuffi à le faire condamner, si Jean Calas n’avait pas été protestant.

« d’autres ajoutèrent que le mortdevait le lendemain faire abjuration, que sa famille et le jeune Lavaiffel’avaient étranglé, par haine contre la Religion Catholique ; le momentd’après on n’en douta plus ; toute la Ville fut persuadée que c’est unpoint de Religion chez les Protestants, qu’un père et une mère doiventassassiner leurs fils, dès qu’il veut se convertir. »

Depuisla révocation de l’Édit de Nantes en 1685, sous le règne de Louis XIV, laFrance tente de réaliser l’unité à travers l’uniformisation de la croyancereligieuse. Ainsi, en tant que protestant, Jean Calas est le bouc émissaireidéal dans un État catholique. Ce n’est donc pas le suspect qu’on condamne,c’est le protestant. Ce n’est pas le meurtre qu’on punit, c’est la différence. Voltaireavait pris lors de l’affaire la défense de Jean Calas, mais sans pouvoir lefaire acquitter. Il prononce d’ailleurs dans l’un de ses plaidoyers sa fameuse formulecontre l’Église : « Écrasons l’infâme ».

Unexemple encore plus choquant de cette intolérance est l’exhumation de la dépouillede Marc-Antoine Calas qui, mort calviniste et présumé suicidé, ne pouvait jouiren temps normal d’une sépulture chrétienne.

Voltaire,dans son traité, puise donc dans le triste exemple de l’affaire Calas toutel’illustration dont il a besoin pour appuyer sa thèse. Ainsi, le philosopheprésente la tolérance non comme une vertu à admirer chez les citoyens, maiscomme un impératif de la conscience collective car, si la pression de lapopulation n’avait pas été si grande, la justice aurait certainement puconduire l’affaire avec plus de sérieux. Il donne alors l’exemple de peuplescivilisés qui ont fait preuve de tolérance et des bienfaits que cette conduiteleur a apporté, autant qu’il met en avant les dangers que présente toute formed’intolérance pour un pays.

« Les Japonais étaient les plustolérants de tous les hommes ; douze religions paisibles étaient établiesdans leur Empire : les Jésuites vinrent faire la treizième ; maisbientôt n’en voulant pas souffrir d’autre, on sait ce qui en résulta ; uneguerre civile, non moins affreuse que celle de la ligue, désola ce pays. »

Voltairedémontre que la tolérance peut partout être admise et que l’intolérance nerelève pas du droit naturel. Il va puiser dans l’histoire de la civilisationpour démontrer que l’intolérance, lorsqu’elle survient, finit par faire horreurà ceux qui la promeuvent, comme ce fut le cas des Athéniens qui, après avoir condamnéSocrate à boire la ciguë, condamnèrent ceux qui avaient été les auteurs decette injustice de diverses façons.

Toutefois,dans son plaidoyer, Voltaire rappelle qu’il ne parle que du bien de la sociétédans sa dimension physique et morale, et que son argumentation s’abstient deporter un jugement sur la question de la théologie.

Ainsi,ayant puisé dans diverses cultures et dans de nombreuses religions lesfondements de la tolérance, Voltaire conclut que la tolérance est un devoir del’humanité. Elle est le seul moyen de parvenir à vivre ensemble en société pourle bien du pays et du peuple. Et il exhorte Dieu dans sa prière à appeler leshommes à de meilleurs sentiments. 

« Puissent tous les hommes sesouvenir qu’ils sont frères ! qu’ils aient en horreur la tyrannie exercéesur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage, qui ravit par la forcele fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de laguerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les unsles autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence àbénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, tabonté qui nous a donné cet instant. »

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