Un de Baumugnes

par

Le style de Jean Giono

Un de Baumugnes comporte une spécificité en ce qu’il est le premier roman écrit par Jean Giono à la première personne ; ses œuvres précédentes comptant surtout des recueils de poèmes, l’auteur n’avait donc jusqu’alors que peu souvent manifesté l’habitude d’une narration interne.

Le point de vue est donc celui d’Amédée, lequel lègue parfois sa place à Albin. Les deux hommes sont issus de la campagne et en cela, donnent son ton au roman. En effet, les évènements sont vus par les personnages qui ont la faveur de l’auteur, et le point de vue de Louis est ainsi dédaigné et perd en crédit. Ce choix focal fait partie intégrante du style de Giono qui, dans son attrait pour le monde rural et son dégoût de la ville, préfère confier la narration du roman aux personnages dont il défend les principes.

 

Son style est souvent qualifié de poétique : l’auteur a recours à une prose simple et efficace, mais utilise cependant en abondance des images afin de décrire lieux, sentiments, sensations, personnages. Cette récurrence se traduit par un grand usage des métaphores, des comparaisons ; tout cela n’est toutefois pas gratuit : l’auteur affectionne tout particulièrement ces figures de style car elles permettent de mettre en évidence la profondeur des choses, leur véritable signification, leur véracité. Il ne les utilise donc pas à une fin esthétique, agréable à l’œil ou à l’oreille, mais de la sorte se fait un meilleur porte-parole de la réalité qui échapperait au lecteur – ou au spectateur qui serait témoin des faits – s’il se contentait de jeter sur elle un regard dénué de poésie et d’imaginaire.

 

Les métaphores chez Giono peuvent ainsi prendre une ampleur quasi cosmique lorsqu’il s’agit de décrire les sentiments forts éprouvés par les personnages. Il compare par exemple les retrouvailles entre Albin et Angèle vus par le narrateur Amédée à une beauté égale à celle de l’univers tout entier : « c’était aussi beau que le monde entier ». De plus, les métaphores et les comparaisons ont souvent comme comparant un élément naturel : eau, vent, terre, neige, animaux, phénomènes climatiques : « Ça gronde comme un tremblement de terre. » On notera ainsi la simplicité du comparé et du comparatif : « ça » est mis en relation avec le comparant « tremblement de terre » qui dénote une réalité au-delà des capacités humaines. Cela met en valeur le désir de l’auteur de faire renouer l’homme et la nature, en les faisant cohabiter dans des comparaisons sans prétention. Par ce jeu d’écriture, il parvient à personnifier le végétal, le minéral, afin de conférer au naturel une dimension plus proche de l’homme et plus compréhensible par lui.

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