Un de Baumugnes

par

Les idées/thèmes exposées dans l’œuvre

Jean Giono défend donc une certaine conception du monde rural qui s’apparente à une répulsion envers le monde des villes. Il met donc en opposition urbanisation galopante et pérennité de la campagne.

 

Il opère cette comparaison en proposant un face-à-face entre les personnages : Amédée et Albin appartiennent tous deux au monde de la campagne, ils travaillent la terre et semblent ancrés dans cette terre de Provence qu’ils ne quittent jamais bien longtemps. Le personnage de Louis est en cela différent : bien qu’Albin le rencontre alors qu’ils travaillent tous deux aux champs, le jeune homme vient de la ville et apporte la saleté de celle-ci avec lui. Il est ensuite attiré de nouveau par Marseille, qui symbolise pour lui l’espoir d’un argent tellement plus facilement gagné qu’aux champs, au moyen de la prostitution d’Angèle Barbaroux. Giono le décrit en termes peu élogieux comme nous l’avons dit (cf. partie “Personnages”) ; son tatouage en forme d’insulte, la comparaison avec un légume dégénéré montrent bien que Louis appartient à un tout autre monde que celui de la campagne.

 

Giono présente ainsi la ville comme étant le lieu de tous les vices et de tous les maux, un endroit où même les plus sages se corrompent. Angèle, fille de la campagne, vivant à la ferme de son père de la Douloire, connaît bien la Provence et s’y enracine également. Lorsqu’elle décide de suivre naïvement Louis en ville, ses racines sont arrachées et lui causent une souffrance intolérable puisqu’elle ne trouvera que la perdition à Marseille.

Elle ne pourra recouvrer le bonheur qu’une fois rentrée à la Douloire, mais à quel prix : la corruption que l’on découvre en ville semble s’attacher aux protagonistes comme un virus. Angèle retourne en effet à la ferme familiale portant avec elle le poids d’une honte qui semble ineffaçable et de plus avec un enfant, Pancrace, qui lui-même devra porter toute sa vie le sceau de la bâtardise, de l’oppression et du dégoût : il est un enfant issu de la ville.

 

Angèle ne pourra trouver de rédemption qu’auprès d’Albin, qui parvient à la délivrer de la ferme où son père la retient désormais recluse. Ce pardon qui vient du monde rural, cet amour que lui porte le garçon des campagnes lui permet de se purifier des liens qui la rattachent à la ville, et de pouvoir ainsi regagner sa place au sein de cet univers serein et libre. Selon Amédée, Albin et Angèle « s’aiment comme des gens libres », avec cette liberté dont une vie en ville aurait totalement privé la jeune femme.

 

Amour, amitié, tendresse : ce sont également les beaux sentiments de l’être humain que Giono dépeint dans son livre. En effet, si l’histoire entre Angèle et Albin est avant tout une  histoire d’amour et de fidélité, celle d’Amédée et de « celui de Baumugnes » repose davantage sur l’amitié, et c’est ce qui fait du personnage d’Amédée le rôle clé de l’histoire.

En effet, les deux hommes se rencontrent dans une taverne, où Albin raconte son histoire, jusqu’à la perte d’Angèle, à Amédée. Profondément touché et marqué d’un sentiment de solidarité et de devoir comme seuls peuvent l’éprouver les gens de la campagne de Giono, le journalier décide d’aider Albin alors qu’il le connaît à peine, et qu’il est plus âgé de presque trente ans. Ainsi, Amédée va faire des pieds et des mains pour aider Albin, que la timidité a poussé dans cette situation. Les périples qu’il entreprend prouvent une amitié indéfectible et surtout gratuite : il n’attend strictement rien en retour, donne tout sans rien espérer.

Il parviendra à se faire embaucher à la ferme du redoutable père Barbaroux, tel l’homme qui vient se jeter directement dans la gueule de l’ogre. C’est lui qui mène l’enquête lorsqu’il se rend à Marseille, quittant sa chère Provence pour un temps, afin de retrouver la piste d’Angèle. Enfin, il servira d’hôte au jeune couple lorsqu’ils s’enfuient de la ferme paternelle sous les menaces du père.

Ainsi, Amédée trouve son bonheur dans la réalisation du bonheur des autres. Il partage sans arrière-pensée, et devient le grand-père adoptif du petit Pancrace. Ce bonheur, pour être complet et définitif, doit donc s’opérer dans le lieu adéquat, c’est-à-dire le calme et la sérénité d’un village où les valeurs défendues sont celles de durée, de pérennité et de désir de prendre racine.

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