Un pédigrée

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Résumé détaillé

S’exprimant à la première personne, conformément au titre de l’ouvrage Patrick Modiano commence par donner au lecteur sa date et son lieu de naissance, puis il présente les origines de ses parents. Né le 30 juillet 1945 à Boulogne-Billancourt, « d’un Juif et d’une Flamande qui s’étaient connus à Paris sous l’Occupation », Modiano reconstruit la chronologie de son histoire personnelle à l’ombre de ses parents et d’une multitude de personnages qui ont croisé sa route.

Née en 1918 à Anvers, sa mère, « une jolie fille au cœur sec », a suivi des cours d’art dramatique et travaillé comme comédienne. Elle arrive à Paris en juin 1942 et s’installe dans une chambre au 15, quai de Conti.

Né en 1912 à Paris, son père est le descendant d’une famille juive de Toscane établie dans l’Empire ottoman. Le grand-père paternel de Modiano, originaire de Salonique et titulaire d’un passeport espagnol, a vécu au Venezuela et tenu un magasin d’antiquités à Paris. Le père de Modiano vit « d’expédients » quand la guerre survient. Traqué par les Allemands, sa vie se partage entre des fuites successives et des commerces obscurs ; il emprunte une fausse identité, se fait appeler Henri Lagroua et fréquente des personnages hauts en couleur que le narrateur se remémore en détail, au point que se constitue sous la plume de Modiano une sorte de « nomenclature » humaine.

Dans ce Paris de l’Occupation et de la clandestinité, les parents de Modiano se rencontrent un soir d’octobre 1942. Le père vit toujours de ses « affaires » qui ont à voir avec le marché noir ; il est entouré de relations opaques et se voit constamment traqué. Pour fuir cette ambiance pesante, le couple envisage de quitter Paris au plus vite.

Le père de Modiano déclare la naissance de Patrick le 2 août 1945 à la mairie de Boulogne-Billancourt puis annule son projet de se rendre au Mexique. Modiano garde l’image d’un père habité par « la peur et le sentiment étrange d’être traqué », qui a cherché tout au long de sa vie « l’Eldorado » impossible.

En 1946 les parents de Modiano sont toujours installés à Paris, au 15 quai de Conti, où le père loue le troisième étage à compter de 1947, année de naissance de Rudy, petit frère du narrateur. Pris en charge par ses grands-parents maternels, venus d’Anvers pour s’occuper de lui, le narrateur évoque les rôles joués par sa mère au théâtre et au cinéma, puis son baptême avec son frère en septembre 1950 à Biarritz, ville où il découvre pour la première fois l’école. Suite à un accident avec une camionnette, il développe une sensibilité particulière à l’éther.

De retour à Paris en 1951, la mère poursuit son travail de comédienne avant de confier ses enfants, début 1952, à une amie habitant Jouy-en-Josas. Le narrateur évoque ses premières lectures de l’époque, comprenant Le Dernier des Mohicans, Le Livre de la jungle ou encore les Contes du chat perché, et se remémore les visites régulières de son père. En février 1953, le narrateur retourne à Paris où il restera jusqu’en 1956, fréquentant l’école communale du Pont-de-Lodi et apprenant le catéchisme à Saint-Germain-des-Prés. Les longs après-midi qu’il passe avec son frère vers la cour du Louvre ou aux jardins des Tuileries éveillent sa passion pour Paris et son goût pour les mystères de la ville. Lecteur de Jules Verne, Dumas père, Conan Doyle, Mark Twain ou R. L. Stevenson, le narrateur cultive sa passion pour la littérature et passe les vacances à Deauville avec une amie de son père qui travaille comme hôtesse de l’air.

En octobre 1956, Modiano entre comme  pensionnaire à l’école du Montcel, à Jouy-en-Josas. En février 1957, il doit affronter l’épreuve de la mort de son frère Rudy, seul élément du récit qui le « concerne en profondeur ». Pensionnaire jusqu’en 1960, il est soumis à une « discipline militaire », côtoie des enfants « mal aimés » et poursuit ses lectures avec des œuvres d’Hemingway, Kafka, Valery Larbaud ou encore Tristan Corbière, découvrant les premiers livres de poche et ceux de la collection Pourpre. Les dimanches, il fait des sorties avec son père dans Paris avant de revenir en car le lundi matin au collège. Quai Branly, quartier de la Bastille, Montmartre : ces sorties avec le père sont souvent l’occasion de rencontrer de nouveaux personnages, toujours aussi obscurs et souvent identifiés comme des « comparses ». En 1958 et 1959, le narrateur passe ses vacances à Megève avec une étudiante aux Beaux-Arts qui veille sur lui « comme une grande sœur ». Lors des vacances de Pâques de 1959, il accompagne un camarade à Monte-Carlo puis il séjourne en Angleterre, à Bournemouth, en 1959 et 1960, et découvre Londres. En janvier 1960, amoureux d’une certaine Kiki Daragane, il fugue du collège.

En septembre 1960, le jeune Modiano est inscrit au collège Saint-Joseph de Thônes dans les montagnes de Haute-Savoie et a pour correspondants un certain M. Guérin et sa femme. Les premiers jours sont « durs » et les brèves visites de sa mère n’arrangent pas les choses. Au collège, les lectures sont surveillées, et Modiano est renvoyé pour avoir lu Le Blé en herbe ;il obtient cependant une « permission spéciale » pour lire Madame Bovary. À cette période il lit également Mauriac, Pavese, Nerval, Bernanos et Emily Brontë. Les souvenirs qui reviennent sont ceux des sorties, limitées à quelques heures par mois, et des retours aux dortoirs après les vacances. Modiano reçoit des lettres de sa mère qui lui conseille de lire Montherlant, puis il passe le Noël de 1960 à Rome avec son père et son amie, une Italienne « très nerveuse ». Se remémorant ses vacances de la Toussaint 1961 à Annecy, puis de Mardi gras en 1962 à Paris, Modiano retient « la grisaille » de Thônes et la correspondance conflictuelle avec son père qui lui parle d’écrivains ayant réussi après des études brillantes comme de modèles possibles. Il passe le baccalauréat (son seul diplôme) à Annecy, lit les articles sur la fin de la guerre d’Algérie, découvre Céline et marche seul dans les rues de Paris. Au fur et à mesure du récit, les personnages dont il a croisé la route resurgissent (Marie, Claude, Jacques L.) avec des souvenirs épars, égrenés « sans nostalgie mais d’une voix précipitée », comme ces voyages brefs à Genève, parfois en compagnie de son père.

En septembre 1962, Modiano entre comme interne en classe de philosophie au lycée Henri-IV. Son père se remarie avec une certaine Mylène Demongeot et ils habitent au-dessus de l’appartement de sa mère. Rejetant la vie de pensionnaire, le narrateur entame une « grève » de l’internat et vie une terrible crise financière avec sa mère qui n’a aucun engagement théâtral. Son père finit par comprendre qu’il ne veut plus de la vie des dortoirs et Patrick Modiano le rencontre désormais dans des cafés pour lui mendier de l’argent. En 1963, les conditions de vie du narrateur et de sa mère deviennent encore plus difficiles et ils doivent affronter « l’angoisse du terme ». Son père poursuit son vieux rêve de racheter les actions d’un domaine en Colombie. En 1962, le jeune Modiano découvre Saint-Lô et lit Illusions perdues de Balzac.

En 1963 puis 1964, les souvenirs se brouillent, seuls quelques personnages résistent à cette confusion, à l’image d’une certaine Catherine, rencontrée dans un café du boulevard de la Gare. En septembre 1964, son père l’inscrit, sans lui demander son avis, en lettres supérieures au Lycée Michel-Montaigne de Bordeaux puis l’accompagne lors d’un voyage qui ressemble à « un enlèvement ». Fuyant le lycée, il remonte à Paris et passe ses journées à Montmartre dans « une sorte de rêve éveillé ». Le jeudi 8 avril 1965, Modiano et sa mère n’ont plus un sou et le jeune narrateur est contraint de réclamer de l’argent à son père. En juillet, Modiano découvre Vienne et y fête ses vingt ans au café Hawelka avant de se diriger vers Genève puis Annecy en septembre. Cherchant à éviter le service militaire, il s’inscrit à la faculté des lettres pour devenir un étudiant « fantôme ». Lors de l’automne 1965, il fréquente un restaurant près du théâtre de Lutèce, se trouve « un horizon » dans le quartier de Grenelle et rencontre Raymond Queneau. En 1966, Modiano mène la vie d’un « passager clandestin », multipliant les déplacements et remarquant « un changement d’atmosphère » dans Paris. Volant des livres chez des particuliers ou dans des bibliothèques, il découvre « l’âge de la majorité » lors de l’été 1966 et se réconcilie avec son père. En juillet, il se rend à La Garde-Freinet, dans le Midi, où il commence son premier roman. De retour à Paris, il continue à se cacher et échange des lettres dures avec son père qui lui reproche sa « lâcheté ». En 1967, c’est l’image des pelouses de la Cité universitaire et du parc Montsouris qui resurgissent, avec notamment la place des Peupliers, un après-midi de juin, où le jeune écrivain apprend que son premier livre est accepté par une maison d’édition.

Le récit de Modiano, qu’il dit avoir écrit comme « un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire », se referme avec l’éloignement de la « menace » de l’incorporation militaire, et le souvenir de ce sentiment de légèreté et de liberté qui accompagnera désormais sa carrière d’écrivain.

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