Un pédigrée

par

Peu de souvenirs de sa propre jeunesse

L'auteur a peu de souvenirs finalement de sa propre jeunesse, comme si sa mémoire avait effacé une partie de son expérience de façon sélective.

Modiano se souvient de bribes, de certaines choses imprécises, revenant de façon confuse, comme s'il déballait une boîte à souvenirs pleine de vieux papiers, et il va retrouver des photos jaunies, des coupures de journaux d'époque ou alors des lettres abîmées par le temps. Il retrouve aussi des tickets de métro ou des billets de train, lui faisait penser à ses voyages, bien qu'il ne les ait pas tous appréciés.

Il ne reste plus que des éléments matériels qui le rattachent à son passé, à sa jeunesse, le reste est perdu dans sa mémoire, qu'il préfère oublier visiblement.

L'auteur part de ces éléments matériels épars et divers pour rendre une certaine logique à son enfance, à cette période oubliée, comme pour rassembler les pièces d'un puzzle défait par le temps. Modiano raconte ses années d'études au collège, le collège de Jouy-en-Josas avec son frère Rudy, (qui décèdera), puis à Thônes en Haute-Savoie et finalement au lycée Henri IV où il sera interne bien que se situant à Paris non loin du foyer familial, pour ne pas l'avoir à la maison la semaine. Il en gardera des souvenirs assez mitigés '' Les veilleuses du dortoir. Les retours au dortoir après les vacances. La première nuit est pénible. On se réveille et on ne sait plus où on est. Les veilleuses vous le rappellent brutalement. Extinction des feux à 21 heures. Le lit trop petit. Les draps qu'on ne change pas pendant des mois et qui puent. Les vêtements aussi. Lever à 6 h 15. Toilette sommaire, à l'eau froide, devant les lavabos de dix mètres de long, abreuvoirs surmontés d'une rangée de robinets. Etude. Petit déjeuner. Café sans sucre dans un bol en métal. Pas de beurre '', car l'univers, les règles, les éducateurs sont stricts. Mais il sait pourquoi ses parents voulaient qu'il ait un cadre strict et qu'il travaille dur, et les comprend à ce niveau-là : '' S'il attachait tant d'importance aux études, c'est que lui n'en avait pas fait et qu'il était un peu comme ces gangsters qui veulent que leurs filles soient éduquées au pensionnat par les "frangines" "

De plus l'auteur qui ne voit pas beaucoup sa famille verra peu son frère, avant que ce dernier ne décède prématurément, alors que Modiano n'a qu'onze ans, un âge où l'enfant se construit, a besoin de repères et de personnes à qui se fier. Il sera très traumatisé et profondément touché, ce sera, il l'affirme l'événement qui le marquera le plus de toute sa vie. Comme pour continuer dans un univers flou, rien n'est précisé quant aux circonstances de ce décès comme si l'auteur l'ignorait lui-même, et il l'évoque de façon très pudique : '' En février 1957, j'ai perdu mon frère (…) A part mon frère Rudy, sa mort, je crois que rien de tout ce que je rapporterai ici ne me concerne en profondeur ''. Il garde de bons souvenirs de son frère, mais ces souvenirs sont peu clairs, peu précis ; il se souvient de moments complices. Cette mort va donc renforcer sa solitude, face à ses parents.

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