Un pédigrée

par

Une jeunesse subie

Un pedigree n'est pas une autobiographie à proprement parler au sens où l'auteur ne fait pas le récit de toute sa vie, en effet Modiano rédige une autobiographie partielle, de sa jeunesse. Cette jeunesse qu'il estime avoir subie, de sa naissance à sa vingt et unième année où son premier livre sera publié, marquant la fin du récit, la fin de l'enfance, le statut d'écrivain reconnu comme un métier le faisant changer de sphère, de vie, d'horizon.

Modiano naquit à la fin de la seconde guerre mondiale en 1945, dans une banlieue aisée de Paris. Avant de raconter sa vie, il narre celle de ses parents : Son père était juif, sa mère était flamande, et ces derniers se sont rencontrés lors de la guerre, sous l'occupation de la France par l'Allemagne nazie. Son père, un homme complexe, charmeur, fripon, plutôt mystérieux a longtemps vécu du commerce parallèle, commerce qu'il a continué, disant qu'il faisait des '' affaires '' (‘‘ Mais je n'y peux rien, c'est le terreau – ou le fumier- dont je suis issu. ‘‘) tandis que sa mère était une actrice, petite carrière, faite de petits rôles, qui ne lui permit jamais de vivre de son art.

Modiano explique, qu’à cause de ces deux activités totalement différentes, ses deux parents vivaient chacun de leur côté, ce qui n'arrange pas la vie de famille ni sa vision du couple, encore moins son éducation. Les deux enfants, Patrick et son frère Rudy sont livrés à eux-mêmes et sont confiés par-ci par-là, à de la famille, des voisins. On a donc affaire à des parents indignes, mais comme expliqué plus haut, Modiano ne semble pas leur en vouloir. Il ne paraît pas les aimer, comme eux ne l'ont peut-être pas aimé. En tout cas, ils ne se s'en sont pas préoccupés, et lui ne ressent rien pour eux, rien que de l'indifférence.

L'auteur ne s'embarrasse donc pas d'une structure ou de dates, et ne suit pas d'ordre précis quel qu'il soit, mais relate ce dont il se souvient, ce qui semble confus, et débouler de manière brusque, mettant des mots, des lieux, des noms par listes les unes après les autres. Parfois, il cite un moment particulier, une anecdote, pour illustrer ses propos, sans jamais commenter. Cette absence de structure est largement due au manque de souvenirs précis et clairs de l'enfance de l'auteur, car il n'a visiblement aucun moment heureux à raconter, aucun choix dont il a pu être fier, et la raison est simple : il n'a pas choisi son enfance, il l'a subie, ses parents ont fait les choix pour lui sans jamais lui demander son avis ou savoir ce qui était le mieux pour lui. La phrase la plus révélatrice à ce propos se retrouve dans la partie introductive où il explique sa démarche littéraire : '' je ne pouvais encore vivre ma vie '', exprime tout à fait l'absence de choix, qui furent faits à sa place sans qu'il n'ait son mot à dire.

C'est en partie pour ne plus subir sa jeunesse qu'il voudra prendre sa vie en main, en fuguant du lycée pour vivre sa passion, écrire : '' Je loue une chambre, sur la petite place de La Garde-Freinet. C'est là, à la terrasse du café-restaurant, à l'ombre, que j'ai commencé mon premier roman, un après-midi. '' puis en tentant des contacts différents avec ses parents une fois qu'ils se seront séparés, bien que cela ne soit pas fructueux. C'est ce qu'il regrette, car son père, à la personnalité particulière représentait quand même un personnage pour son fils, qui l'admirait malgré tout.

Sa jeunesse sera vécue comme un fardeau, qu'il préfèrerait oublier : d'ailleurs, écrire ces souvenirs est présenté comme une corvée dont il se débarrasse, en espérant ne plus devoir y revenir : '' voilà, c'est fait, ne venez plus m'emmerder avec ma jeunesse, c'est juste un mauvais souvenir sans grand intérêt. ''

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Une jeunesse subie >