Un pédigrée

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Une écriture sans sentiment ni ressentiment

L'auteur, bien qu'il relate des faits réels, ses souvenirs, sa propre vie, ne veut pas faire part de ses sentiments mais cherche à rester objectif : Les faits sont exposés de façon froide et avec beaucoup de distance, et il n'ajoute que peu de commentaires personnels, à la manière d'un narrateur tiers à l'action qu'il raconte. Pourtant, c'est de lui, de son enfance, de sa propre famille que l'auteur parle, ce qui surprend. Il ne laisse aucune place ni aux sentiments, ni à une quelconque part de lui-même. On se retrouve rarement dans son esprit, on sait rarement ce qu'il pense de ce qu'il relate. Ce recul est exprimé dès le début, pages 44 et 45 : '' Les événements que j'évoquerai jusqu'à ma vingt et unième année, je les ai vécus en transparence - ce procédé qui consiste à faire défiler en arrière-plan des paysages, alors que les acteurs restent immobiles sur un plateau de studio. Je voudrais traduire cette impression que beaucoup d'autres ont ressentie avant moi : tout défilait en transparence et je ne pouvais pas encore vivre ma vie. P. M. '' Les expressions '' en transparence '' et '' arrière-plan '' révèlent ce recul, le fait qu'il ne s'implique pas personnellement dans ces souvenirs, qui sont les siens, comme s'il ne les avait pas vécus vraiment. Il se compare donc à un acteur en studio, vivant une vie fictive, dont le décor déroule derrière, sans qu'il ne le choisisse.

L'absence de sentiments s'accompagne aussi d'une absence de ressentiment : ce recul que Modiano a pris vis à vis de sa propre jeunesse, de sa propre vie qu'il présente ainsi telle quelle sans rien en dire, comme s'il n'avait rien à ajouter de personnel sur sa vie et sa famille, ce recul est également...

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Dissertation à propos de Un pédigrée