Un roi sans divertissement

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Résumé

En 1946, unnarrateur raconte une histoire ancienne, qui s’est déroulée pendant une périoded’environ cinq ans dans les montagnes enneigées des Alpes un siècle plus tôt.Au fur et à mesure du récit, il va laisser la parole à d’autres narrateurs,eux-mêmes acteurs du drame.

C’est en 1843 quetout commence. L’hiver s’est abattu sur un village du Trièves, non loin dumassif du Vercors. Isolés par la neige, les habitants, qui se trouvent coupésdu reste du monde, sortent peu de chez eux. C’est alors que disparaît Marie Chazottes,évanouie dans le néant sans que la moindre trace d’elle ne soit retrouvée. Lesrecherches ne donnent rien. Puis c’est le jeune Georges que l’on tente d’enleveralors qu’il est allé visiter la porcherie de la ferme. Là, un des porcs a étélardé de coups de couteau. Bergues, le braconnier, se démène comme un beaudiable, organise la protection des femmes, cherche les traces du malfaiteurdans ces montagnes qu’il connaît bien. La peur s’est installée au village. Aucours de l’été, le menuisier Frédéric repère un inconnu abrité d’un violentorage sous le hêtre gigantesque et splendide devant la scierie. Il l’invite àtrouver meilleur refuge auprès de lui, dans le bâtiment.

C’est lors de l’hiver1844 que Bergues disparaît à son tour. Cette fois, on va chercher les gendarmesde Clelles, et six d’entre eux, menés par le capitaine Langlois, font leurentrée au village. C’est un vieux briscard ce Langlois, qui a fait la guerre enAlgérie et vu bien des combats. Il examine posément les éléments à sadisposition et décide de s’installer au village. Conscient qu’un grand dangerpèse sur les habitants, il impose une stricte discipline à chacun, il fouille,il fouine, il inspecte. Des patrouilles sont organisées. Et malgré tout cela,Callas Delphin disparaît à son tour. Il a commis l’erreur de ne pas resterconfiné chez lui, et tout porte à croire que sa femme Anselmie est maintenantveuve.

Dès le début del’hiver suivant, en 1845, Langlois revient, seul cette fois. Il s’installe auCafé de la Route, tenu par une ancienne lorette qui vivait de ses charmes ets’est maintenant installée dans le village, une femme surnommée Saucisse enraison de son embonpoint. Une belle et franche amitié va naître entre laprostituée et le capitaine de gendarmerie. Fumant sa pipe, il passe des heuresderrière la vitre du café, il observe, il scrute. Il interroge le curé sur lespauvres trésors sacerdotaux de l’église du village, il assiste à la messe deminuit, puis plus tard il reçoit la visite du procureur du roi, homme aussicorpulent qu’important, et qui témoigne au capitaine de gendarmerie un grandrespect et beaucoup d’estime. Le respect qu’ont les villageois pour Langlois semue alors en admiration : dame, le procureur du roi est son ami !

C’est en février1846 que Frédéric le menuisier, stupéfié, voit un homme descendre du hêtremajestueux qui trône au seuil de la scierie, puis s’éloigner dans la neige etle brouillard. Frédéric escalade le tronc et les branches et fait une macabredécouverte : sur une branche énorme repose le corps sans vie de Dorothéela bergère. Non loin de lui, des crânes blanchis. L’inconnu, c’est l’homme,c’est le tueur ! Il le suit à travers le froid brouillard jusqu’au villagede Chichiliane. Frédéric observe l’homme entrer paisiblement dans une maisonbourgeoise. Le menuisier court avertir Langlois, qui ne perd pas detemps : il rassemble quelques hommes, dont Frédéric, et ils se rendent àChichiliane. Le lendemain matin Langlois frappe à la porte de la maison. Il ensort après un moment, suivi de l’inconnu. Cet homme, un nommé M. V., c’estcelui que Frédéric a vu s’abriter sous le hêtre quelques mois plus tôt. M. V.part vers la montagne, suivi par Langlois et les hommes. Au bout de quelquespas, en pleine nature, l’homme s’arrête. Langlois franchit calmement les cinquantemètres qui les séparent et lui tire deux coups de pistolet dans le ventre. Deretour au Café de la Route, Langlois rédige sa lettre de démission et quitte levillage.

Au printemps 1846,les habitants ont la surprise de le voir revenir. Il est habillé en civil, assezélégamment. Il est depuis peu commandant de louveterie et les villageois sesentent flattés de voir un important personnage prendre ses quartiers chez eux,toujours chez Saucisse au Café de la Route. Langlois prend son rôle très ausérieux, reçoit toujours la visite du procureur du roi et fréquente assidûmentla maison du capitaine de louveterie Urbain Timothée. La femme de celui-ci,désignée par les villageois comme Mme Tim, devient même une amie. Au cours del’hiver 1846, un loup particulièrement retors et intelligent ravage lestroupeaux et va jusqu’à tuer dans les étables. Langlois organise une grandebattue dans la montagne, à laquelle participent tous les hommes du village. Latenue en est parfaite, Langlois connaît la montagne mieux que les montagnardseux-mêmes. Les différents groupes de rabatteurs dialoguent entre eux par destrompes de chasse dont les échos lugubres retentissent dans la vallée. Quand lesuperbe animal est acculé, Langlois se dirige vers lui, seul, et lui tire deuxcoups de feu dans le ventre.

Les mois passentpaisiblement. Langlois partage son temps entre Mme Tim et Saucisse. Il décidede faire construire une maison, un « bongalove » disent lesvillageois, avec un labyrinthe de buis qui reproduira le tracé de la fameusechasse au loup. Mais avant cela, au printemps de 1847, Langlois entraîne MmeTim et Saucisse dans une étrange aventure : ils vont visiter une« brodeuse », ouvrière de grand talent à laquelle Mme Tim et Saucissedoivent passer une commande, pendant que Langlois observe l’intérieur. Quiest-elle ? La veuve de M. V. ? Qui est l’homme dont le portrait enpied fascine Langlois pendant l’entretien des trois femmes ? Saucisse etMme Tim l’ignoreront, ainsi que le lecteur. C’est un mystère de plus qui voilela personnalité de Langlois.

Ce dernier décidesoudain de se marier. Au printemps de 1848, Saucisse et lui se rendent àGrenoble. Là, la femme a pour mission de trouver une épouse à Langlois. Ce seraDelphine, jeune femme terne, au passé sans doute troublé, qui s’installebientôt dans l’austère « bongalove ». Et passent les semaines,rythmées par les travaux paysans. Langlois a abandonné sa vieille pipe et fumemaintenant le cigare. Saucisse et Delphine en voient le point rouge dans lanuit, chaque soir, au fond du jardin. Et un matin, aux premières neiges del’hiver, Langlois va voir Anselmie, la veuve de Delphin. Il lui ordonne dedécapiter une oie, et contemple longuement le sang rouge qui tache la neige.Puis il va visiter un chantier au loin dans la montagne, où les ouvriers fontsauter des pans de roche. La nuit venue, dans son jardin, il se fait sauteravec une cartouche de dynamite. Ce « roi sans divertissement », selonla formule de Pascal, a préféré disparaître avant de voir l’ennui le pousser àtuer.

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