Un roi sans divertissement

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L'importance du cadre

Giono, fidèle à ses habitudes littéraires, ancre l'action de son récit dans une région qu'il connaît suffisamment pour pouvoir garnir l’œuvre de nombreux détails géographiques signifiants et pertinents. Aucun lieu n'est laissé au hasard, chaque nom d'endroit possède une réalité dont Giono sait extraire les caractéristiques pour les mettre au service des besoins de son roman.

La région du Trièves est donc bien connue de l'auteur, suffisamment pour qu'il s'en approprie les recoins et puisse associer avec intelligence et perspicacité ceux-ci à des éléments forts de son histoire, lui donnant ainsi, relief et véracité. Ayant passé de nombreuses vacances dans cette partie montagneuse du sud-est située non loin du col de la Croix-Haute, il détient une connaissance profonde de la région mais aussi de ses alentours.

Il s'attache par exemple à décrire avec précision les cols qui entourent le lieu de l'action, donnant ainsi un repère géographique certain: sont présent les cols de la Croix-Haute, mentionné plus haut, ainsi que le col de la Croix et le col de Menée. Les montagnes environnantes sont également nommées et permettent de dresser une frontière géographique délimitant ainsi les contours de l'histoire.

Giono offre aussi à son histoire le luxe de s'ancrer dans des villages en particulier, chacun détenant une fonction bien définie. Par exemple, le village de Chichilianne sert de place forte et de lieu de résidence au tueur M.V que va démasquer le capitaine Langlois, Saint-Baudille, dont madame Tim se trouve être la châtelaine, ou encore la ville de Grenoble, située certes plus loin de l'endroit où se passe l'action principale mais demeurant toutefois dans la région sud-est de la France.

Cependant, certains endroits ne font écho à aucune réalité géographique. Le fond de Chalamont par exemple, val à l'intérieur duquel se déploie la chasse au loup dont le meurtre fera consonance à celui de l'assassin M.V, ne semble pas correspondre à un emplacement réel, ainsi que le village anonyme dans lequel se situe l'action principale. Ainsi, il peut se permettre de jouer la carte de la discrétion en associant à des lieux connus et définis une part d'imaginaire afin que le lecteur puisse se faire sa propre idée des endroits dans lesquels se produisent les éléments majeurs de l'action.

Enfin, nous pouvons remarquer que Giono oppose dans le cadre de son récit, les lieux renfermés, repliés sur eux-mêmes, qui ressemblent à toute forme de nid ou de cocon, aux espaces vastes et dégagés que peut offrir le Trièves. Ainsi, cette opposition possède sa fonction propre: tandis que les espaces restreints sont propices à la confession, au recueillement et au secret (par exemple l'ancien couvent qui abrite la brodeuse du monde extérieur qui semble l'effrayer), les espaces découverts, eux, donnent à l'homme un aperçu sur l'infini, sur l'étendue immense de ce monde. C'est le cas par exemple de la vire où Langlois a décidé de s'installer et qui lui offre une vue imprenable sur le restant de la vallée, ou encore le sommet de la montagne de l'Archat depuis lequel M.V considère le monde.

Cette connaissance précise de la région du Trièves donne ainsi à Giono les atouts nécessaires pour pouvoir ancrer de manière tout à fait crédible son récit dans le réel en l'associant à des lieux existants, dont l'aspect et la géographie se prêtent à merveille au cadre de la narration et des événements qui s'y déroulent, sans pour autant négliger la part d'imaginaire que tout roman doit savoir conserver.

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