Une soirée

par

La vie moderne

A. Lesrelations humaines

 

Qu’est-ceque l’amitié dans ce roman de Duperey ? Estelle, que l’on découvre dansles premières pages du roman, est censée être l’amie de Florence. Néanmoins,lors de leur premier entretien, elle ne fait que relater des détailsinsignifiants qui n’intéressent pas son interlocutrice, laquelle prétend êtrepressée pour mettre fin à la conversation. Seule la nouvelle du retour de Romainréussit à capter l’attention de Florence. Celle-ci a de l’estime pour son amied’un point de vue professionnel, mais ne la considère pas comme quelqu’un de« sage ». En effet, Estelle et son mari ont de nombreuses relations professionnelleset organisent régulièrement des soirées afin de les accroître. Ces relationssont dénuées de sentiments et sont entretenues uniquement dans un but lucratif.Le roman dépeint une société où la notion d’amitié est devenue abstraite etvide de sens.

Dans lanouvelle de Maupassant (publiée en 1883) du même nom, le personnage principalse retrouve nu et dépouillé de ses biens. Il s’agit ici d’une autre forme dedépouillement, celui des relations humaines. Les personnages sont isolés descontacts humains réels. Par exemple, le regard de Pierre (un nom symbolique)« ne quittait pas Denis, le futur associé, objet de toute son attention ».Si la soirée moderniste est une fête insensée, celle du postmodernisme n’est qu’unprétexte pour s’occuper d’affaires.

Lelecteur apprend que Florence, Denis et Romain « étaient trois amis »,une déclaration qui n’est pas convaincante dans ce contexte. Même étudiante,Florence apparaît comme seulement intéressé par elle-même. Sa carrière,planifiée depuis son plus jeune âge, relève d’une monomanie qui domine lesautres domaines de la vie. Elle manifeste des désirs d’idéaux tels que leféminisme, mais ces idéaux ne sont jamais formulés ni exprimés clairement.

 

B.L’individu

 

Même sila disparition soudaine de Florence après la soirée où elle a vu Romain amènelogiquement Denis à conclure que les deux amants se sont enfuis ensemble, ilréalise par la suite que ce n’est pas le cas. En effet, le roman ne se situepas dans le contexte de l’ère romantique réunissant les couples ; Florenceest au contraire dominée non pas par l’amour, mais par un conflit intérieur, lesentiment de n’avoir « JAMAIS choisi sa vie ».

Cesentiment négatif de ne pas avoir choisi sa propre vie se retrouve égalementdans le motif de la chirurgie esthétique : les patients désirent en effetchanger les cartes qu’ils ont à leur disposition. De plus, Denis les perçoitcomme « des œuvres vivantes », et non comme des individus à partentière. Sa perspective révèle une fois de plus l’isolement des personnages duroman qui ne s’intéressent pas au choix des autres et ne peuvent donc ques’impliquer superficiellement dans leurs rapports avec eux. Ainsi, Florenceconstate que les personnes autour d’elle ne cherchent pas à influencer seschoix et s’occupent uniquement de leur propre projets : « Non, cen’était pas une machination pour occuper Denis pendant cette soirée, le coupleétait entièrement concentré sur le projet à faire aboutir. »L’existentialisme exacerbé de Florence lui fait s’imaginer qu’elle est la cibled’une machination collective visant à influencer le cours de sa vie.

À la findu récit, Florence et Denis se remarient après cinq ans de séparation, ce quede nombreux lecteurs considèrent comme une résolution fantaisiste. Pourtant,Florence a atteint son but. Elle ne désirait pas une autre vie ; ellevoulait simplement avoir choisi la sienne. Elle agit comme l’enfant choisissantentre plusieurs parts de gâteaux identiques. Denis est lui aussi davantageépanoui, ayant quitté son travail et étant devenu professeur. Cette résolutionest en harmonie avec des aspirations de « tabula rasa » et derenouvellement. 

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