Zazie dans le métro

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La description de Paris à la fin des années 50

Zazie traverse un Paris des années1950, mais la description première et convenue en est faussée : son oncles’échine à lui nommer tous les monuments qu’elle rencontre, mais se trompe sansarrêt et va même (selon son ami Fédor Balanovitch) jusqu’à faire visiter letribunal de commerce en pensant montrer la Sainte-Chapelle. Ce ne serait doncplus Paris en tant que ville et architecture qui est décrit, mais plutôt lasociété qui y vit, le monde qui y grouille.

Ainsi, les quartiers évoqués dansl’œuvre de Queneau ne sont pas ceux de la tradition littéraire parisienne, ilsn’ont pas d’histoire culturelle. Ce sont des quartiers neutres comme les portesde Clignancourt. L’auteur ne renie pas pour autant les monuments les plusconnus mais il s’amuse avec les clichés. Il critique les mœurs touristiquesparce que selon lui, ceux-ci se font berner par des guides peu scrupuleux.

« Lesplus mordus d’entre les voyageurs, la dame francophone en tête, revenus de leursurprise, pourchassaient leur archiguide à travers le dédale lutécien et lemagma des encombrements et venaient avec un pot d’enfer de remettre la maindessus. Ils manifestaient une grande joie, car ils étaient sans rancune aupoint de ne pas même soupçonner qu’ils avaient des raisons d’en avoir. »

Après la Seconde Guerre mondiale, lemarché aux puces est devenu un endroit à la mode. Selon Queneau, le marché auxpuces reste marqué par une magie que les poètes surréalistes percevaient dans lesbrocantes et leurs objets abandonnés, coupés de leur utilité pratique. On nepeut pas non plus concevoir le Paris de Queneau sans ses cafés. Il n’y a pas unseul de ses romans où n’apparaisse le bistrot comme lieu central de laconvivialité, avec tout son personnel et les conversations de comptoir. LeParis de Queneau est celui des petites gens, des travailleurs, des artisans oucommerçants. Paris est aussi en pleine mutation, avec des tours qui s’élèvent.

La classe populaire parisienne estbien représentée, du tenancier au cordonnier en passant par le policier. À cemonde socioprofessionnel s’ajoute le monde des « mœurs » ; sontdonc montrées les différentes relations qui peuvent s’instaurer à cette époquedans une grande ville. Alors que Gabriel se transforme en Gabriella pour gagnerson salaire, Charles cherche l’âme sœur pour la trouver en la serveuse de soncafé habituel ; la veuve Mouaque, elle, tombe éperdument amoureuse dupolicier qui l’aide à retrouver Gabriel kidnappé par une horde de touristes.

C’est donc un Paris populaire quepeint Queneau à travers cette histoire rocambolesque et comique. Le mouvementcaricaturalement épique qu’impulse la fuite de Zazie dans Paris la faittraverser plusieurs quartiers et permet de déclencher de nombreuses rencontres,en peignant une ville agitée et fourmillante de vie.

« Unefoule épaisse et mauve dégoulinait d’un peu partout. Une marchande de ballonsLamoricière, une musique de manège ajoutaient leur note pudique à la virulencede la démonstration. Émerveillée, Zazie mit quelque temps à s’apercevoir que,non loin d’elle, une œuvre de ferronnerie baroque plantée sur le trottoir secomplétait de l’inscription métro. »

Le café est un lieu important oùs’arrêtent à maintes reprises les personnages, lieu de socialité et debagarres. De même, la circulation est un point névralgique du roman : Zazie esthantée par son envie de prendre le métro – moyen de transport moderne dont estprivée la province dont elle vient – et les bus, voitures et taxis roulent àtoute allure dans les pages du roman.

Mais la peinture du Paris populairene s’arrête pas là : elle est surtout contenue dans le langage et lediscours des personnages, qui dévoilent à la fois les nombreux tabous quistructurent la société et la couleur, la verve du peuple. Queneau fait ainsi dulangage un outil de peinture du monde parisien.

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