Appollinaire dissertation

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  • Publié le : 5 mai 2010
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APOLLINAIRE, ALCOOLS **(édition Poésie Gallimard)
Un critique contemporain définit ainsi la poésie d’Apollinaire :
« [La poésie d’Apollinaire] opère un agencement sur le langage plutôt que sur les
thèmes ; d’où une victoire sur la contingence et un espoir de faire du poème, plutôt qu’un
reflet de l’âme, une sorte de mouvement perpétuel, source d’une énergie nouvelle, tremplin desauts dans l’inconnu et d’un accroissement des pouvoirs de l’esprit. »
Vous commenterez et discuterez ce jugement en l’appliquant au recueil Alcools.
REMARQUES PRÉLIMINAIRES
Les oppositions contenues dans l’énoncé permettent aisément de le dialectiser : « agencement sur le langage plutôt que sur des thèmes » ; « plutôt qu’un reflet de l’âme,
une sorte de mouvement perpétuel ».Ce qui est en question et ce que la poésie
d’Apollinaire remettrait en cause, c’est à la fois la forme en tant qu’elle préexisterait à
« l’agencement » des mots, le rapport au « réel » en tant qu’il fournirait au poète une
batterie de thèmes-supports, et surtout le lyrisme (« reflet de l’âme ») en tant qu’il
exprimerait les émotions du poète. On remarquera d’ailleurs que l’énoncéélimine du
processus créateur toutes les marques de la personne, toutes les traces du « sujet
lyrique » : c’est le poème et le langage qui sont sujets actifs, comme si le poème tendait à
devenir une pure architecture formelle et verbale. Triomphe presque exclusif de la
« fonction poétique » ?
Un énoncé discutable ? Il faut toujours observer la plus grande prudence avant des’inscrire en faux par rapport au jugement d’un critique et de lui reprocher d’avoir en
quelque sorte caricaturé la démarche de l’écrivain (au demeurant, les « plutôt » n’ont rien
de catégorique et n’indiquent qu’une tendance prédominante : ils n’excluent pas que cette
poésie soit également lyrique et qu’elle procède par exemple de l’angoisse, ou qu’elle ait
pour « pilotis » des supportsréférentiels). Le parallélisme avec Baudelaire (« Au fond de
l’inconnu pour trouver du nouveau ») qu’on peut aisément rétablir à la fin permettrait au
contraire de mieux situer la place d’Apollinaire dans le cours d’une évolution qui est bien
celle de la « modernité ».
Partant du principe que la poésie d’Apollinaire se nourrit précisément des contraires (formes anciennes etnouvelles, ironie ou parodie et lyrisme, modernité citadine ou
« contingence » du détail trivial et élargissement cosmique ou discours prophétique) et
que la transgression des modèles précédents –songeons au statut de la métrique- ne vise
pas à s’en passer, mais au contraire à les soumettre à cette « énergie nouvelle » (pour
aboutir non pas tellement à une osmose mais plutôt à undépassement), la question
soulevée par l’énoncé et qui reste entière est de savoir par quelles opérations le langage
affecte ainsi les formes, les thèmes et le lyrisme traditionnels pour les porter à cet
accroissement des pouvoirs de l’esprit » : comment le « nouveau » (l’absence de
ponctuation par exemple) retrouve l’ « ancien » (l’oralité), comment l’ « ancien » (le
mythe, par exemple)retrouve le « nouveau » (le chant de la modernité), comment le
lyrisme devient impersonnel, comment le « moi » se libère de ses attaches tout en chantant
son passé…
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D’où la nécessité, ici plus que jamais, de ne pas procéder par versants successifs et séparés (ex : l’agencement du langage comme mise en oeuvre d’une poésie qui n’aurait « pas
d’autre but qu’elle-même », puis lerétablissement de la transitivité dans les rapports avec
le monde extérieur, puis la portée finalement cosmique de cette poésie). D’où également
le redoutable écueil que constitue la tendance à répertorier des procédés ou à décliner des
thèmes, qu’il faut combattre en dynamisant autant que possible chacun de ses
développements, en gardant au moins en perspective d’autres termes...
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