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  • Publié le : 28 mars 2010
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Paul Eluard, de son vrai nom Eugène Grindel, est l’un des fondateurs du mouvement surréaliste dont il s’est éloigné peu avant la guerre, vers 1937, pour se rapprocher des communistes. Le poème « Courage », publié de façon clandestine aux Editions de Minuit en 1943 sous l’occupation allemande, relate les souffrances du peuple parisien du temps de l’occupation allemande.
Nous allons voir en quoice texte est un poème militant, un poème d’espoir, destiné à redonner « courage », comme l’indique son titre, aux Parisiens.
A partir de l’évocation de Paris occupé et des images contrastées qu’offre cette ville, Eluard semble vouloir exprimer sa compassion, tout en incitant ses concitoyens à la révolte.
Eluard consacre une grande partie de son poème à l’évocation de la capitale de laFrance et aux conditions de vie des Parisiens.
Tout d’abord, la construction du poème met la ville en valeur : les dix premiers vers décrivent les dures conditions de vie imposées aux habitants de Paris, puis, du vers 11 au vers 24, le poète s’adresse directement à la ville, comme à une personne, avant de terminer en s’adressant à ses « frères », à partir du vers 25. De même, le mot « Paris »,mentionné onze fois, est très souvent repris au début des vers ou des phrases, donnant l’impression d’une sorte de prière, d’incantation dédiée à la ville : « Paris a froid Paris a faim », v.1 ; « Paris ne mange plus » v.2 ; « Paris ma belle ville », v.16.
De plus, Eluard recourt à une personnification de la ville (v.16) confondue avec ses habitants : il emploie à son propos le vocabulaire dessensations, comme la « faim » (v.1), le « froid » (v.1) ou la « fatigue » (v.24), le vocabulaire des sentiments (« Et la sagesse et la folie/ De Paris malheureux » v.6 et 7). Il lui prête une silhouette et des activités humaines, comme le montrent les vers 2 et 3. Il s’agit d’évoquer le sort des « pauvres » (v.5) et des « travailleurs » (v.10) qui habitent la ville et subissent durement lesconséquences de la guerre et de l’occupation allemande.
Enfin, les faits évoqués comme « manger », « dormir » ou « avoir froid » sont très quotidiens et très simples. Mais ces situations quotidiennes suggèrent discrètement une tragédie : le vers d’ouverture indique les manques à travers un rythme binaire « Paris a froid Paris a faim ». C’est alors le tableau des privations : « Paris ne mange plus ». Lepoète insiste sur le manque de nourriture : les expressions « faim » au vers 1, « ne mange plus » au vers 2, « travailleurs affamés » au vers 10 vont dans ce sens, avec pour conséquence la « maigreur » (v.14). On ne trouve plus de « marrons dans la rue ». Les vendeurs de marrons, fréquents dans les rues de la capitale, ont disparu. La ville semble être privée de tout, même d’habits, puisqu’elleest obligée de mettre de « vieux vêtements de vieille » (v.3). A ces privations s’ajoute « la fatigue » (v.24) due, entre autres, aux nuits passées dans les abris pour échapper aux bombardements, comme le suggère le vers « Paris dort tout debout sans air dans le métro » (v.4). Un vers résume cette situation « Plus de malheur encore est imposé aux pauvres » (v.5), repris par l’adjectif « malheureux» au v.7 . Paris est affaibli, « tremblant comme une étoile » (v.22). Eluard souligne par cette comparaison la beauté et la fragilité de la ville, que l’on retrouve encore dans l’évocation de sa « pâleur » et de sa « maigreur ». Le jeu de rimes internes dans ce vers souligne avec insistance l’état désespéré de la ville.
Toutefois, Eluard ne se contente pas de dresser le tableau des duresconditions de vie des Parisiens sous l’Occupation : il sait, et montre à ses habitants, que la ville porte en elle les qualités qui vont lui permettre de réagir au sort qu’on lui fait subir.
D’abord, le poète montre sa compassion en s’adressant affectueusement à la ville. Il la tutoie ; entretenant un sorte de dialogue : « Ne crie pas au secours Paris » (v.11), l’interpellant telle une...
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