Cyrano, lettres satiriques, vii : consolation pour un de ses amis sur l’éternité de son beau-père.

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  • Publié le : 15 août 2010
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Cyrano, Lettres satiriques, VII : Consolation pour un de ses amis sur l’éternité de son beau-père.
Ce texte de Cyrano appartient au corpus des lettres satiriques ; adressée à « un ami » elle propose un portait ironique de son beau-père constitué par une ribambelle d’hypothèses sur les raisons de sa longévité malvenue. Maniant avec bonheur les références mythologiques, religieuses, philosophiqueset scientifiques, Cyrano nous entraîne dans un tourbillon d’images qui nous font traverser les strates du monde au rythme effréné de ses associations d’idées, paradoxales ou polysémiques. Il s’agit de lire ce texte non pas seulement comme un portrait satirique, mais comme une véritable exploration des représentations de la vie et au-delà, des genres littéraires. Les jeux d’esprits qui président àl’écriture de cette lettre postulent une folie assumée comme source féconde de liens nouveaux sur le mode littéraire du grotesque. *** La lettre prend place dans une relation d’amitié entre deux jeunes gens, où il s’agit, pour Cyrano, de consoler un ami exaspéré par la longue existence de son beau-père, comme nous l’indique le titre. Mais la lettre s’éloigne d’emblée d’une lettre de consolationtelle qu’elle se pratique communément, par exemple en cas de deuil. Ici, la solidarité se joue non pas dans l’expression d’une compassion émotionnelle, mais plutôt sur le plan littéraire, et Cyrano s’attache à construire un portrait monstrueux du beau-père mal-aimé, fondé sur une « enfilade » de théories extraordinaires sur les raisons de son « éternité » inhumaine. De beaupère, point ; mais unesorte de figure mythologique monstrueuse. Pour figurer cette longueur de vie, Cyrano recourt en effet au creuset des références mythologiques qui constituent une complicité d’hommes cultivés : la Parque, unes des trois fileuses du destin qui décide de la mort des hommes, se mêle à la représentation du Temps comme progression par son mouvement de la marche. De sorte que le temps, par le biais de laréférence antique, prend une forme anthropomorphique. L’écriture , grâce à la fiction de dialogue, joue à s’emballer au fil des images. La référence à Mathusalem est bientôt suivie de celle d’ Artéphius et de la Sibylle de Cumes. Cyrano progresse par association d’idées, sans s’inquiéter de la source religieuse ou profane des images invoquées. La lutte de la Sibylle contre la mort fait surgircelle-ci dans le texte comme fille même de l’éternel beau-père. Mais il ne s’agit pas, loin de là de faire un « portrait en gloire » du personnage évoqué, et la référence mythologique se délite bientôt en comparaison burlesque à l’artichaut. De fait les hypothèses, qui semblent se succéder comme des variations, mène de la grandeur d’une existence surhumaine à l’inhumanité infra-animal d’un êtreincapable de mourir, réduit à l’indéfinition de la périphrase « tout ce qui peut à peine faire les fonctions d’un enfant». Ce renversement paraît être le moteur même des jeux cyraniens qui épuisent une veine d’images avant d’explorer son verso, passant ici des références antiques à la méditation distanciée sur l’humain avec un même ton irrévérencieux. Quelles. qualités caractérisent l’insupportablebeau-père ? Le « sommeil », voisin de la mort, la « ladrerie et « l’ennui » qu’il suscite chez ses familiers. Dès lors, l’écriture de Cyrano se fait une fête de montrer sa vitalité dans l’exploration échevelée des images et des références, comme s’il s’agissait d’offrir une consolation exemplaire non pas par la remémoration des hauts faits d’un personnage du passé, comme le veut la coutume, mais par lajouissance intellectuelle des vagabondages intellectuels et littéraires de Cyrano. Le portrait est esquissé comme tel par des références à la naissance, au caractère avec la « ladrerie » supposée du personnage… Mais les images invoquées, loin d’un portait cohérent, dessinent une mosaïque extravagante qui n’a de cohérence que littéraire.

* * * Il s’agit donc avant tout dans ces quelques...
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