La cinquieme promenade jean jacque rousseau

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 10 (2406 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 3 janvier 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
La triple variation de la rêverie dans la « Cinquième Promenade »
Afin de mieux saisir cette nature ambiguë de la rêverie entrevue dans notre analyse de la « Première Promenade », nous aimerions maintenant nous attarder à décrire la progression et la variation de la rêverie au fil des Promenades. En jetant un regard rapide sur les Rêveries, on peut apercevoir une certaine similitude entre lesdix Promenades de Rousseau, qui se dessinent à peu près toutes de la même façon : à partir d’un événement donné (un accident, une lecture, un geste, une parole, etc.), Rousseau prend conscience d’actions et d’opinions opaques, inconscientes ou irréfléchies chez lui et, au fil de sa Promenade, il cherche à comprendre le sens et l’ampleur de ces actions ou opinions afin de mieux se connaître et demieux agir. Rousseau traite ainsi de son rapport à la connaissance et à l’écriture de soi dans la Première ; à la douleur et à la mort dans la Deuxième ; à la sagesse et à l’ignorance dans la Troisième ; à la vérité et au mensonge dans la Quatrième ; au bonheur dans la Cinquième ; aux bienfaits dans la Sixième ; à la botanique et à la nature en général dans la Septième ; à l’amour-propre et àl’amour de soi dans la Huitième ; au plaisir et à l’éducation dans la Neuvième ; et à l’amour dans la Dixième, opérant à chaque fois un mouvement d’introspection et un examen de sa position dans le monde[20]. Malgré cette apparente proximité entre les différentes Promenades, la plupart des commentateurs des Rêveries ont cependant pris l’habitude, en quelque sorte, de les hiérarchiser selon la partqu’elles donnent à la rêverie ; hiérarchie au sommet de laquelle trône la « Cinquième Promenade »[21]. Dans les paragraphes qui suivent, nous tenterons donc de retracer le parcours de cette Promenade.
À première vue, la « Cinquième Promenade » ne semble pas faire exception au schéma général des Rêveries signalé plus haut, car Rousseau part d’une situation donnée — ici, les habitations où il a vécu aucours de sa vie et sa préférence pour l’Île de Saint-Pierre —, qu’il englobe dans un questionnement philosophique plus large — ici, la question du bonheur humain : « Quel était donc ce bonheur [qu’il a expérimenté sur l’Île de Saint-Pierre] et en quoi consistait sa jouissance ? » (Rêveries, V, 1042) — et qu’il ramène à une étude de soi et de sa propre expérience — ici, une recherche de la nature deson propre bonheur à travers la description de ses activités et de son état sur l’Île de Saint-Pierre. Certes, les descriptions faites par Rousseau dans cette Promenade ont une force et un lyrisme supérieurs à celles des autres Promenades ; supériorité qui s’explique sans doute par la primauté et par le caractère très intime, pour tout homme, de la question de la nature de son bonheur. Cependant,aussi puissantes et importantes soient-elles dans le cadre des Rêveries, ces descriptions s’inscrivent dans une démarche introspective modulée par un examen des rapports à autrui similaire à celle des autres Promenades, de sorte que les conclusions que nous pourrons tirer sur la nature de la rêverie rousseauiste à la suite de notre examen de cette « Cinquième Promenade » pourront vraisemblablementvaloir pour l’ensemble des Rêveries. À ce compte, la « Cinquième Promenade » ne se présenterait pas tant comme une figure d’exception que comme une lentille grossissante, permettant de voir la rêverie de la manière la plus brute et la plus simple.
Comment cette Promenade se déroule-t-elle donc ? Pour cerner le bonheur goûté sur l’Île de Saint-Pierre, Rousseau commence par faire une descriptionde toutes les activités qu’il y faisait. En quoi consistait donc son bonheur sur l’Île de Saint-Pierre ? « À se circonscrire […], à s’enivrer à loisir des charmes de la nature, et à se recueillir dans un silence que ne trouble aucun autre bruit » (Rêveries, I, 1040 [V, 2]) ; à « savourer dans toute sa douceur » le « précieux far niente » et à espérer être laissé tranquille par les hommes...
tracking img