Le romancier et ses personnages

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  • Publié le : 13 octobre 2010
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Le romancier et ses personnages

I. Le personnage de roman

a) l’invention du personnage par le romancier

La création d’un personnage romanesque est souvent associée à un très fort effet de réel. C’est comme si on donnait vie à une personne. Le personnage est alors conçu comme la transposition d’une expérience ou d’une personne réelles. L’invention s’inspire de la réalité tout en lamodifiant par des procédés de grossissement, d’atténuation, d’hybridation. Le personnage de roman est donc le produit d’un croisement entre différentes caractéristiques d’individus distincts et le romancier s’y trouve lui-même mêlé. Ainsi, dans la préface de son roman Aurélien (1945), Aragon reconnaît que son personnage n’est ni Drieu La Rochelle ni lui-même, mais qu’il a pu chercher « dans l’un etl’autre une sorte de vérification du personnage crée ». Mauriac affirmait pour sa part que seuls ses personnages secondaires pouvaient avoir été empruntés à la vie et formulait la règle selon laquelle moins un personnage a d’importance dans le récit, « plus il a de chances d’avoir été pris tel quel dans la réalité ». Pour les autres, s’il a toujours situé ses personnages dans son milieu d’origine (laprovince bordelaise, bourgeoise et catholique), il a profondément modifié son atmosphère, déchaînant « en imagination les plus terribles drames au fond de ces honnêtes maisons provinciales ». Se pose alors la question de la limite entre l’inspiration d’ordre autobiographique, celle qui provient d’une observation du réel et celle qui est purement imaginative. Le roman est une reconstruction duréel par l’imagination dans des proportions variables. Il agit comme une loupe qui amplifie les tentations et les passions, jusqu’à les rendre monstrueuses.
Le critique littéraire Albert Thibaudet (1874-1936) pense qu’il y a une part de vérité plus grande dans le roman que dans l’autobiographie car il permet de dire l’expérience personnelle à travers le prisme de personnages inventés, au plus prèsde la complexité de l’existence. Cette opinion se vérifie dans des œuvres comme A la recherche du temps perdu de Proust qui puise largement dans son expérience personnelle pour recréer tout un univers, ou encore dans Le Premier homme de Camus qui invente Jacques Cormery pour raconter sa propre enfance à Alger. Cette conception du personnage comme représentation fictionnelle d’un individu réelexplique que l’on cherche à identifier derrière le personnage de roman la ou les personnes qui lui auraient servi de modèle. C’est ainsi que l’on a pu voir en madame Arnoux (personnage de L’éducation sentimentale) Elisa Schlésinger, le grand amour de Flaubert.

b) Le personnage et son lecteur

Le roman a la particularité irremplaçable de nous faire pénétrer dans la tête des personnages et de nousles faire connaître mieux que tout autre genre, mieux même, comme le dit Proust dans Du côté de chez Swann, que la connaissance réelle ne le permet. C’est grâce au personnage que la fiction s’anime et produit une forte illusion. Flaubert décrit le rapport particulier qui se crée entre le lecteur et le personnage romanesque dans le chapitre V de Bouvard et Pécuchet. Les protagonistes lisant desromans historiques voient progressivement les personnages qui au départ n’étaient pour eux que « des noms » devenir des « êtres vivants, rois, princes, sorciers, valets, gardes-chasse, moines, bohémiens, marchands et soldats […] ».

c) Le portrait et l’identité du personnage

La représentation du personnage est principalement assurée par son portrait. C’est lui qui détaille lescaractéristiques morales et physiques qui le font exister. Quand le portrait se fait par le regard d’un tiers, il caractérise également celui qui voit en nous livrant ses pensées et perceptions. La description du protagoniste est l’occasion de faire émerger l’individualité d’êtres complexes (celui qui regarde et celui qui est vu). Le roman devient alors un croisement de jugements évaluatifs. C’est le cas...
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