Le travail n'est-il que servitude?

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  • Publié le : 6 janvier 2012
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Introduction

1) Mise en situation

«Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front !». Ainsi, dans la Genèse, Dieu annonce t’il à Adam sa nouvelle destinée hors du paradis. Le paradis : terre d’abondance où, dans l’innocence, tous les besoins sont comblés avant même de pouvoir s’exprimer. Le paradis : image de la parfaite cohérence, de l’adéquation totale du désir et du monde. Parce qu’il agoûté à l’arbre de la connaissance qui le sépare à jamais de l’animalité, de cette heureuse adéquation de soi à la nature – parce que maintenant l’homme se connaît, qu’il n’est plus un avec la nature et sa propre nature - parce que l’homme a perdu l’innocence de l’animal, Dieu le punit. Et cette punition, qui scelle la naissance mythique de l’humain, s’exprime par la condamnation de l’homme autravail : contrairement à l’animal qui jouit immédiatement des fruits de la nature, toi, homme, «tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ! ». Ainsi le travail apparaît-il comme une malédiction inhérente à la nature de l’homme. Nous, hommes, serions, en vertu de notre essence, condamnés au travail – à la dure nécessité de produire et de reproduire par nous-mêmes nos conditions d’existence. Aussicomprenons-nous la sourde plainte qui du fond des âges monte et espère en une fin des temps, temps de la séparation, temps de l’effort et de la souffrance, temps de la servitude, temps du travail.

Mais une telle sortie du règne de la nature, n’est-elle que chute et perte? Le travail qui fait la peine de l’homme ne fait-il pas aussi sa fierté? Ne s’enorgueillit-il pas de cette différence qui ledistingue de toutes les créatures de la Terre, de ce caractère propre qui semble le condamner à une vie conquérante? « Nombreuses sont les merveilles, s’écrie ainsi Sophocle, mais de toutes, la plus grande merveille, c'est l'homme. À travers la mer blanchissante, poussé par le vent du sud, il s'avance et passe sous les vagues gonflées qui mugissent autour de lui. La divinité supérieure à toutes lesautres, la Terre immortelle et inépuisable, il la fatigue avec les charrues qui, d'année en année vont et reviennent, quand il la retourne avec des bêtes de race chevaline » (Sophocle, Antigone). De synonyme de chute et de malédiction, le travail prend ici les couleurs de la conquête libératrice et créatrice.

2) Problématisation

Or de tels jugements contradictoires concernant le travail seretrouvent en nos opinions communes. Tantôt – dans le jugement du cadre, de l’employé, de l’ouvrier ou de l’écolier harassés- il apparaît comme une contrainte s’opposant à une liberté que nous posons au-delà de lui, dans les loisirs, le jeu, les vacances. Tantôt – dans le jugement de l’éducateur, de l’artisan qui aime son travail, de l’artiste qui peine sur ses notes ou sur sa pâte colorée- ilapparaît comme un moyen de « réalisation », l’exercice même d’une liberté dont nous concevons bien qu’en dehors d’une cette confrontation formatrice à la résistance d’une matière elle ne saurait avoir d’effectivité. « Le travail est-il, donc, en soi, une servitude »pour l’homme ou bien peut-il être conçu, et à quelles conditions, comme l’instrument de sa liberté? On conçoit qu’à répondre à une tellequestion, les enjeux ne sont pas minces, engageant le choix même de la vie de chacun (Métier ou non - et quel métier? Quelle part de loisir - et quel loisir? Travail ou non – tout travail n’étant pas un métier – et quel travail?) ainsi que les options politiques qui guident nos actions collectives (Quelle société - et avec quel travail – devons-nous vouloir?). Quelle est donc la nature du travailpour apparaître sous le visage d’une telle dualité?

3) Présentation du plan

Si le travail apparaît contradictoire avec l’idée de liberté (première partie), n’est-ce pas parce que nous nous faisons une fausse idée de cette dernière? Ne la confondons-nous pas avec la spontanéité de la nature (tout, tout de suite, immédiatement), oubliant que sans travail il ne saurait y avoir de liberté, le...