Les femmes grecques

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 11 (2549 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 16 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
P. Brulé, Les femmes grecques à l'époque classique.

Chapitre V - La femme dans la maison :
l'épouse d'Ischomaque. p. 189-226

''Le mariage est à la fille ce que la guerre est au garçon'' J.P Vernant.

Cette correspondance n'est pourtant qu'apparente. Pour la fille comme pour le garçon, le sortir de l'enfance est marqué par un événement : la guerre ou le mariage. A chacun son utilitésociale, et sa fonction. Mais en réalité décalage important : le garçon ne devient pleinement citoyen, et ne connaît la guerre qu'au terme d'une longue période d'aguerrissement (culture du corps et éducation, puis éphébie, puis dix ans d'initiation collective aux affaires publiques : il ne prend épouse et est actif à l'Assemblée qu'autour des 30 ans). La fille, elle, entre brutalement dans la vieadulte, seule, au sortir de l'enfance, par le mariage. D'où un décalage de génération, ''chaque genre ne participant plus de l'autre'' : les filles et les garçons ne se marient pas avec leurs contemporains.

Des raisons pour ''vivre ensemble''

Deux personnages dans l'Economique de Xénophon :

Ischomaque : homme fait, ''beau et bon'', bien-né, qui possède une vaste maison cossue à la campagneavec exploitation agricole. Cavalier à l'armée, jouit d'une bonne réputation en plus d'appartenir à une classe sociale aisée. C'est le porte-parole de Xénophon, guère différent.
Sa femme : bien plus jeune que lui, elle est anonyme.

''Nous allons pénétrer l'intimité de ce couple récemment formé.''

Pourquoi se marier ? Mariage et amour sont disjoints. C'est la première chose qui ressortdu discours d'Ischomaque. La femme ne décide rien : ses parents et le futur gendre débattent des avantages de l'entreprise entre eux. L'intérêt des familles prédominent : on se marie entre gens fortunés, endogamie sociale. Amour et mariage forment deux sphères différentes. Le mariage est une association qui fait de la femme une collaboratrice qui aide à gérer la ''koinônia'' ou communauté : i.e la''maison'' et les enfants. La femme est donc régente de ''la maison'' et mère des enfants. La maison est liée à l'oikonomia dont on a conservé deux traités, celui de Xénophon, et celui d'Aristote. Pour Xénophon, l'oikonomia est une science qui réfléchit aux moyens de faire fructifier la ''maison''. Pour ce qui est des enfants, ''meilleurs alliés possibles et soutiens pour nous nourrir dans nosvieux jours'', ils sont là pour pérenniser l'espèce. On se marie pour faire des enfants, comme le dit le contrat de mariage : ''pour qu'ils leur labourent des enfants légitimes''. Les parents, comme le mari, attendent une descendance : la femme est choisie pour ses qualités supposées de reproductrice.
Des époux qui s'aiment ? Il ressort néanmoins des textes grecs l'affirmation d'un amour et d'unesexualité naturelle, malgré l'aspect contractuel. Ischomaque parle d'une association des corps qui entraîne la nécessité d'une séduction : il s'agit, par le soin apporté au corps, de mériter l'amour de sa femme. Intérêt pour le corps de l'autre à ses côtés. Mais si de l' Economique ressort la trace fugitive d'un amour, d'autres textes font état d'une séparation importante entre le mari et sonépouse. Socrate affirme que c'est la personne à qui l'on parle le moins et congédie sa femme au moment de mourir. C'est que la vie de l'homme grec ne se vit qu'entre homme. C'est un univers exclusivement masculin, public et extérieur à la maison (agora, ecclésia, gymnase ...), qu'il ne fréquente que de temps à autre. Celle-ci est le domaine de la femme. L'homme doit travailler sa femme perçue commeune ''jachère'' qu'il faut continuellement ensemencer. L'homme est actif, et la femme le réceptacle passif de la semence, qui donnera de beaux enfants. D'où un triangle, le mari nourrit l'épouse pour qu'elle nourrisse l'enfant. Afin qu'à son tour rendent les honneurs, assistent et nourrissent ses parents, son père surtout, au moment de la vieillesse. Les enfants comme bâtons de vieillesse et...
tracking img