Liaisons dangereuses

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  • Publié le : 26 février 2010
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Deuxième Partie
1. Le libertin : les masques

L'étymologie de ce terme (il vient du latin libertinus qui signifie affranchi) est de nature à éclairer le sens qu'il convient de lui donner dans Les Liaisons dangereuses. "Grand seigneur méchant homme" aux dires du valet de Don Juan, son activité n'a en effet de sens que dans une société fortement sanglée dans des codes moraux : ceux dela représentation et de la bonne compagnie; ceux de la réputation et de l'honneur. A travers les personnages de Valmont et Merteuil, Laclos entend faire le portrait de deux libertins au sens où l'on entendait ce mot sous le règne de Louis XVI. A vrai dire, nos deux personnages sont plutôt des "roués", comme on disait à l'époque, c'est-à-dire deux hypocrites : aimable, d'une parfaite distinctionde manières et de langage, le roué fait du mensonge un signe aristocratique qui est l'indice des âmes fortes. Il n'a donc pas grand chose à voir avec le "petit maître" de la Régence, jeune débauché courant de conquête en conquête, ni surtout avec le libertin au sens philosophique qui prône l'impiété et se fait l'adepte d'une morale épicurienne.
Le vrai triomphe du libertin dépeint par Laclosest de s'assurer l'estime d'une société éprise de respectabilité tout en étant un parfait scélérat, délectation suprême d'un être rebelle à toute obédience - et d'abord celle des passions - , animé aussi d'un orgueil intransigeant qui, derrière le cynisme ou le machiavélisme, fait de lui un héros de la volonté.


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être protéiforme, le libertin peut endosser toutesles apparences que réclame une situation : ainsi Valmont qui, comme il s'est laissé aller à goûter sa charité simulée (lettre XXI), se prend à être "amoureux et timide" (lettre LVII) ou déguise dans ses lettres à Mme de Tourvel "le déraisonnement de l'amour" (lettre LXX); ainsi Mme de Merteuil, dont la duplicité sait jouer tous les rôles avec une jouissance cynique : elle trahit Cécile (lettreLXIII), jouit de voir qu'on la prend pour un guide consolateur (ibid.).
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comédien consommé, le libertin excelle dans la représentation, et l'agencement des lettres permet d'en savourer toutes les facettes.Ainsi les lettres d'amour de Valmont à Mme de Tourvel ( lettre LXVIII) sont confrontées au commentaire que le même en fait pour Mme de Merteuil (lettre LXX); les poses étudiéesde celle-ci pour Prévan (lettre LXXXV) sont démasquées par le récit , faussement indigné et vertueux, de l'aventure (LXXXVII).
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metteur en scène, le libertin agit sur les événements et tire les ficelles (on aura pu noter les compliments qu'à ce propos la marquise de Merteuil s'adresse à elle-même dans la lettre LXXXI : Je commençais à déployer sur le grand théâtre lestalents que je m'étais donnés). Les lettres LXXI, LXXIX et LXXXV sont de vrais récits enchâssés, dans le goût boccacien, de ses machinations perfides. Valmont n'est pas en reste : il ruse pour se faire de Cécile une complice (lettre LXXIII) ou se préparer une entrée dans sa chambre ( lettre LXXXIV). Les conseils de Mme de Merteuil à Valmont sont d'ailleurs ceux d'un régisseur à un acteur (lettre LXIII)et la "gaieté" (lettre LXXIV) qu'elle ne peut se refuser dans la mystification accentue ce côté ludique.



2. Le libertin : la volonté de puissance

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culte du moi, orgueil et mépris caractérisent d'abord Mme de Merteuil et Valmont. Ils se placent au-dessus du commun des hommes et célèbrent la perfection de leurs machinations.. On pourra mesurer l'orgueil de lamarquise dans la lettre LXXXI (je suis moi-même mon ouvrage) comme dans la lettre LXXXV. Cette autosatisfaction se double d'un mépris pour les faibles (les sots sont ici bas pour nos menus plaisirs, lettre LXIII) et particulièrement pour les femmes, que Mme de Merteuil classe en catégories (lettre LXXXI). La vertu craintive de Mme de Tourvel (lettre LVI) ou l'ingénuité assez sotte de Cécile de...
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