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  • Publié le : 2 mai 2011
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Dans le récit de la grève qui sert de charpente au roman de libération de Sembène, la multitude de personnalités distinctes va à l'encontre de la notion coloniale de tribu, soit la horde motivée par des rituels mais dépourvue d'aspirations individuelles. Hommes, femmes et enfants ont un rôle déterminant pour faire aboutir la grève. A cet effet, le romancier érige une œuvre architecturale soutenuepar une formidable symétrie des incidents et des fonctions de chacun au sein des groupes.
      Ainsi, les tragédies se font écho d'un camp à l'autre. Au plus fort de la grève, le contremaître Isnard, surpris par des adolescents en vadrouille, tue deux enfants sur le coup et blesse Gorgui qui décèdera plus tard : c'est à ce prix que la Régie du Dakar-Niger ouvre les négociations. Au terme de lagrève, Béatrice, l'épouse d'Isnard est tuée d'une balle perdue, pour compenser peut-être, en un double sacrifice égalitaire, la mort de Penda, la dirigeante des marcheuses de Thiès à Dakar.
      De nombreux chercheurs traitent des femmes du fait que les épouses des grévistes sont mieux pourvues en singularité que leurs hommes. Toutefois, une classification rapide des hommes montrera que desdirigeants potentiels se profilent dans les trois lieux de la grève et préfigurent un univers africain structuré qui se substituera au contrôle colonial.
      Le réseau des chefs de la future nation
      Tous les grévistes s'en remettent à un chef moral, du nom de Bakayoko, que Wole Soyinka voit comme " une création prométhéenne ", conçue pour dérober le pouvoir de " l'autre divinité, la superréalité coloniale " (Soyinka, 117). Sembène définit cet émissaire des roulants comme la sève et l'âme de la grève tandis que Lahbib, le comptable, en est le cerveau (290-1). Bakayoko, le Bambara qui maintient l'unité des grévistes en faisant ses discours en quatre langues, exerce son ascendant sur tous, bien qu'il ne fasse son entrée de plain-pied que vers le dernier quart du roman, pour négocier avecla Régie DN (264).
      Entre temps, le lecteur doit démêler qui est qui dans cet imbroglio de cheminots. Chacun des trois centres de la grève (Bamako, Thiès, Dakar) est géré par un secrétaire syndical timoré qui acquiert peu à peu des qualités identifiables. A Bamako, l'indécis Konaté surmonte la torture ; à Thiès, Lahbib, le comptable, a le don de la communication ; à Dakar, Alioune, l'hommepratique, organise la distribution d'eau. Au demeurant, à moins de recevoir l'aval de Bakayoko, les trois dirigeants locaux restent limités.
      Chacun de ces secrétaires effacés a un double qui, de par sa personnalité ou sa fonction, semble l'éclipser : à Bamako, à l'opposé de Konaté, Tiémoko est une forte tête qui emprunte à La Condition Humaine de Malraux l'idée de faire juger les briseursde grève ; à Thiès, contrairement à Lahbib qui écoute les travailleurs, Doudou, secrétaire de la Fédération, préfère le son de sa voix ; à Dakar, Daouda surnommé " Beaugosse " recueille plus de prestige pour son écriture que ne pourra briguer Alioune avec ses corvées d'eau. Autrement dit, ces " petits chefs " recherchent leur succès dans la grève plutôt que le succès de la grève, ce qui lesneutralise finalement. Tiémoko, l'admirateur de Malraux à Bamako, est désemparé par le télégramme qui lui annonce la fin de la grève (364). À Thiès, toujours penché sur son prochain discours, Doudou tombe malade et meurt le lendemain de la résolution du conflit (344). À Dakar enfin, Beaugosse quitte le syndicat et devient magasinier pour les Français (322).
      Dans le même temps, les secrétairesmodestes s'affranchissent également de leur guide révolutionnaire, mais c'est pour continuer la lutte. Konaté s'y prend mal : endurci par la torture, il veut tuer son tortionnaire (le gendarme Bernardini). On n'entend plus parler de lui après cet éclat désapprouvé par Fa Keita, l'aîné qui met en garde les militants contre la revanche : " [...] il ne faut pas que la haine vous habite " (367)....
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