Nedjma, kateb yacine

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  • Publié le : 11 juin 2010
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« Je ne connais guère d’ouvrages où le langage d’un écrivain serve à rompre plus hardiment avec nos rythmes habituels. » André Rousseaux

« Au sein de la perturbation, éternel perturbateur », Kateb Yacine publie en 1956 Nedjma, œuvre de combat pour « reconquérir l’Algérie par la littérature »(Jeannine Hayat). L’Algérie violée, meurtrie, que l’on tente d’étreindre enfin. L’étoile insaisissable,fuyante, à l’image de Nedjma fantasmée. L’écriture katebienne, celle du fragment, tente d’embrasser l’unité dans le fond de son propos et dans sa forme, dans un monde fracturé et disloqué. Ainsi André Rousseaux affirme : « Je ne connais guère d’ouvrages où le langage d’un écrivain serve à rompre plus hardiment avec nos rythmes habituels ». Kateb Yacine dérange, déconstruit, défait les conventionslittéraires : il déplace voire détruit les frontières des genres ; choisit la circularité et la réitération plutôt que la linéarité ; morcelle son texte hybride en fragments, faisant naître une écriture saccadée, haletante.
En quoi le texte de Kateb Yacine est-il le manifeste d’un refus d’une écriture guindée ?
A travers une écriture de la rupture, il met en effet en place la déconstruction. Ilouvre ainsi un espace à peupler qui donne sens à l’absence, et qui seul permet de laisser vivre la création libre.

Kateb Yacine, réfractaire, livre une œuvre qui torture non seulement lois et conventions littéraires mais également son récit lui-même.
Nedjma est une œuvre hybride qui déconstruit le genre romanesque, rompant avec ses lois et conventions. En tant que genre institué, il estcastré : le schéma narratif est bouleversé (les situations initiale et finale n’étant pas clairement définies, notamment : les repères chronologiques sont brouillés et la lecture n’est pas motivée par la fin comme dans les canons littéraires), le récit amputé : « j’avais à peu près reconstitué le récit que Rachid ne me fit jamais jusqu’au bout (…) ; se taisant ou se reprenant » (p89). Ce sont des «éclats de voix suivis de mornes silences » (p90) ; une écriture « par bribes, toujours par bribes » (p91), saccadée et poussive, qui traduit un refus de la ligne droite –donc de la linéarité- et donc de la convention. De cette attitude réfractaire découle le rejet d’une perspective unique sur l’œuvre : Nedjma multiplie les points de vue et donc les voix narratrices. En témoigne l’alternance descarnets des différents protagonistes. En fait, Nedjma est la déconstruction d’un cadre qui séquestre la création : en témoigne le chiasme « Enfermés Nedjma et Mourad enfermés » (p234) qui par sa forme circulaire et répétitive, insiste sur la clôture. En défaisant les conventions littéraires, Kateb Yacine dénonce l’habitude du savoir-faire technique stérile. « Les Cadres sont bousculés. (…) Les Cadresflottent. (…) Les Cadres sont enfoncés » (p217-218). C’est pourquoi J.Hayat parle d’ « univers littéraire menacé ». Ainsi dans Nedjma s’élabore une zone stylistique perméable qui mêle, entremêle, mélange et entrecroise. Il n’y a pas de catégorisation monolithique dans un genre défini, toute linéarité formelle, chronologique et sémantique étant anéantie.
De ce fait naît une écriture des « courbes». Kateb Yacine, interviewé, affirme que sa « pensée tourne sur elle-même » : « j’ai lâché les freins ». A travers les détours et les retours, la répétition est érigée en loi, mêlant le fragmentaire au circulaire. Elle perturbe les « rythmes habituels » fondés dans la linéarité. Nedjma apparaît dès lors plus comme une expérience d’écriture plutôt que comme un exercice de genre. J.Arnaud évoque la «composition tournoyante de l’œuvre ». Le début et la fin du roman sont quasiment identiques, suggérant qu’il peut recommencer éternellement. Le temps d’énonciation change –partiellement-, suggérant que seul le récit, même fragmentaire, a eu lieu : «chacun relève la tête » (p9) devient « chacun a relevé la tête » (p.244). La même scène est répétée, mais différemment, la circularité détruisant...
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