Tacite

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  • Publié le : 7 octobre 2010
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Tacite : Les Annales

(XIV) Dès lors Agrippine se lança, tête baissée, dans l’épouvante et la menace ; et sans épargner les oreilles du prince, elle ne se prive pas d’attester que Britannicus n’était plus un enfant, que c’était le véritable, le digne rejeton de Claude capable de prendre en mains le pouvoir de son père, qu’un intrus et un adopté occupait par les torts infligés à sa mère.
Ellene refusait pas de dévoiler tous les malheurs d’une maison infortunée, surtout son mariage et l’empoisonnement. Ce n’est que grâce à la providence des dieux et à sa prévoyance que son beau-fils était en vie. Elle irait avec ce dernier dans le camp ; qu’on entende d’un côté la fille de Germanicus et de l’autre Burrus, humble de nouveau, et Sénèque l’exilé sollicitant sans doute, l’un avec son brasmutilé, l’autre avec sa voix de rhéteur, le gouvernement du genre humain.
En même temps elle levait les bras, accumulait les invectives, on appelait à Claude devenu Dieu, aux Mânes infernaux des Silanus, à tant de forfaits commis en vain.

(XV) Troublé par ces fureurs et à l’approche du jour où Britannicus allait achever sa quatorzième année, Néron méditait en son esprit tantôt la violence de samère, tantôt le caractère du jeune homme lui-même, révélé récemment par un indice léger, sans doute, mais pourtant suffisant pour s’être attiré une large faveur.
Lors des fêtes consacrées à Saturne parmi d’autres divertissements de leur âge les jeunes gens s’amusaient à tirer au sort la royauté qui avait échue à Néron. En conséquence, il donna à tous les autres des ordres divers qui n’allaientpas les faire rougir ; lorsqu’il eut ordonné à Britannicus de se lever, de s’avancer au milieu et d’entonner un chant, espérant ainsi faire rire au dépens d’un enfant étranger même aux banquets sobres et à plus forte raison aux orgies, ce dernier sans se laisser déconcerter, entama un poème qui laissait entendre qu’il avait été précipité du trône paternel et du rang suprême.
Cela fit naître unecommisération d’autant plus visible que la nuit et la licence avaient supprimé la feinte.
Néron ayant remarqué cette antipathie redoubla sa haine ; et les menaces d’Agrippine l’aiguillant comme il n’y avait aucun chef d’accusation et que Néron n’osait pas publiquement commander le meurtre d’un frère, il ourdit des machinations secrètes et fait préparer un poison par les soins de Julius Pollion,tribun d’une cohorte prétorienne, auquel était confié la garde d’une femme nommée Locuste, condamnée pour empoisonnement et très fameuse par ses crimes.
En effet on avait veillé depuis longtemps que tous les proches de Britannicus n’avaient ni loi ni foi. Il reçut le premier poison par ses précepteurs mêmes mais il l’évacua par l’intestin soit qu’il fut trop faible soit qu’on l’eut dilué pour que laviolence n’en fût pas instantanée.
Mais Néron qui ne pouvait souffrir cette lenteur dans le crime se répandait en menaces contre le tribun, ordonnait le supplice de l’empoisonneuse sous prétexte que en ayant égard aux rumeurs en se ménageant des moyens de défense ils retardaient sa sécurité. Alors qu’ils lui promirent une mort aussi rapide que si elle était provoquée par le fer, c’est près de lachambre du César qu’on distilla un poison composé de drogues éprouvées à l’action foudroyante.

(XVI) C’était l’usage que les fils des princes mangeassent assis avec les autres nobles de leur âge sous les yeux de leurs proches à une table séparée et plus frugale. Britannicus, y prenant son repas, comme un serviteur de confiance goûtait ses mets et ses boissons, pour ne pas manquer à cet usageni dévoiler le crime par la mort de l’un et de l’autre, voici la ruse qu’on imagina. Un breuvage encore inoffensif et très chaud, goûté par l’esclave fut servi à Britannicus ; ensuite après qu’il l’eut repoussé à cause de la chaleur on y versa mêlée à de l’eau froide un poison qui envahit tous ses membres de telle façon que la parole et la vie lui furent ravies en même temps.
Ceux qui sont assis...
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