Les travailleurs de la mer

Pages: 11 (2610 mots) Publié le: 17 mai 2012
Victor HUGO, Les travailleurs de la mer, « La pieuvre » Introduction








Des travaux d’Hercule aux Dents de la mer, en passant par Moby Dick de Melville, les nombreux récits qui montrent l’homme aux prises avec l’animal témoignent de l’intérêt du public pour un combat inégal, où la bête se mesure à l’être doué de raison, la force à la ruse, l’instinct à l’intelligence. Dans LesTravailleurs de la mer, Victor Hugo raconte, lui aussi, le combat de son héros Gilliatt contre un adversaire étrange, qu’il ne voit pas, mais qui enroule autour de son bras droit, puis de son torse, des lanières munies de ventouses. Le romancier interrompt alors la narration pour consacrer un chapitre entier à l’animal qui met Gilliat en danger de mort, la pieuvre. Nous verrons, dans le fragmentproposé ici, comment il part d’une peinture objective de la réalité pour aboutir à la vision fantastique d’un monstre en communiquant un sentiment d’épouvante à son lecteur.

Lecture
La pieuvre n'a pas de masse musculaire, pas de cri menaçant, pas de cuirasse, pas de corne, pas de dard, pas de pince, pas de queue prenante ou contondante, pas d'ailerons tranchants, pas d'ailerons onglés, pasd'épines, pas d'épée, pas de décharge électrique, pas de virus, pas de venin, pas de griffes, pas de bec, pas de dents. La pieuvre est de toutes les bêtes la plus formidablement armée. Qu'est-ce donc que la pieuvre ? C'est la ventouse. (...) Une forme grisâtre oscille dans l'eau ; c'est gros comme le bras et long d'une demi-aune (1) environ ; c'est un chiffon ; cette forme ressemble à un parapluie ferméqui n'aurait pas de manche. Cette loque avance vers vous peu à peu. Soudain, elle s'ouvre, huit rayons s'écartent brusquement autour d'une face qui a deux yeux ; ces rayons vivent ; il y a du flamboiement dans leur ondoiement ; c'est une sorte de roue ; déployée, elle a quatre ou cinq pieds (2) de diamètre. Épanouissement effroyable. Cela se jette sur vous. L'hydre (3) harponne l'homme. Cettebête s'applique sur sa proie, la recouvre, et la noue de ses longues bandes. En dessous elle est jaunâtre, en dessus elle est terreuse ; rien ne saurait rendre cette inexplicable nuance poussière ; on dirait une bête faite de cendre qui habite l'eau. Elle est arachnéide par la forme (4) et caméléon par la coloration. Irritée, elle devient violette. Chose épouvantable, c'est mou. Ses nœuds garrottent ;son contact paralyse.

Elle a un aspect de scorbut et de gangrène ; c'est de la maladie arrangée en monstruosité.

(1) aune : mesure de longueur, valant environ 1 m 20. (2) pied : mesure de longueur, valant environ 30,5 cm. (3) hydre : monstre mythologique à plusieurs têtes. (4) arachnéide par la forme : qui a la forme d’une araignée. Victor HUGO, Les Travailleurs de la mer (2ème partie,Livre IV, chapitre II).

Etude

I/ Une description réaliste de la pieuvre


Cette description se fait en deux temps – la pieuvre au repos, puis la pieuvre s’emparant d’une proie – et porte sur la taille de l’animal, sa forme, sa couleur et ses mouvements.

1/ La pieuvre au repos






Pour permettre aux lecteurs de se représenter un animal peu connu du grand public à une époque oùles moyens de photographier la faune sous-marine n’existaient pas, Victor Hugo entremêle, dans sa description de la pieuvre, des notations objectives et des images qu’il invente. De taille moyenne et d’une forme quelconque (celle d’un « parapluie fermé »), la pieuvre ne se distingue pas non plus par ses couleurs : de loin, elle paraît « grisâtre », de plus près on distingue deux nuances («jaunâtre » et « terreuse »), et cette dernière notation est prolongée par deux noms du même champ lexical, « poussière » et « cendre ». Ces mots, qui connotent l’idée de résidus et les deux adjectifs au suffixe péjoratif (« âtre ») n’évoquent que des couleurs ternes, appelées en peinture des « non-couleurs » : le blanc (« jaunâtre » est un blanc sale), le noir, le gris.

2/ La pieuvre en mouvement...
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