Lucrèce,De reru natura I,80-101

Pages: 6 (1435 mots) Publié le: 24 août 2014

Lucrèce, De Rerum Natura, I, 80-101.

Commentaire


Introduction.

Lucrèce répond ici aux attaques dont faisait l’objet l’épicurisme. En démontrant que la crainte d’une intervention divine dans ce monde et du châtiment des âmes après la mort était sans fondement, l’épicurisme heurtait la sensibilité religieuse romaine. Pour rassurer son destinataire, l’aristocrate C. Memmius, Lucrèceva prouver, par un exemple sanglant, que c’est la religion qui dicte à l’homme des conduites criminelles.


I. Le choix argumentatif de Lucrèce.

Le discours, qui est destiné à Memmius, est direct, avec la présence des pronoms de première et de deuxième personne, le présent d’énonciation (« uereor, ne forte rearis… », v.1) et des modalisateurs tels que l’intensif « tantum »,l’exclamation, au même vers 22, ou le connecteur d’opposition « Quod contra », au vers 3. Dans ce discours, qui occupe les quatre premiers vers, Lucrèce prévient un argument de Memmius selon lequel l’épicurisme serait impie et donc criminel. On note l’habileté de l’auteur qui se met à la place de son interlocuteur. Dès le vers 1, l’expression « Illud in his rebus », fréquente chez Lucrèce, signale qu’il vaprévenir une objection. Il l’emploie aussi pour introduire une réfutation, ou amener le développement d’un point de vue particulier dans un développement d’ordre général.
Au vers 4, l’énoncé de la thèse se fait de manière paradoxale : la religion est criminelle. L’épicurisme souffre de l’accusation d’être un crime, mais lorsque Lucrèce en parle, il l’exprime par la voie du lieu commun, comme lesouligne ironiquement l’expression « uiam…sceleris » (v.3), ou de l’abstraction (« impia…rationis…elementa », v.4), et il fait dépendre cette accusation d’une pensée mal engagée, laissée dans l’erreur, car « rearis » est au mode du subjonctif ; au contraire, la religion a véritablement enfanté des actes criminels. L’emploi du parfait de l’indicatif et d’un lexique concret, avec « facta » (v.4) validel’existence des crimes perpétrés par la religion.
La démonstration est assurée non pas par un raisonnement logique mais par un exemple qui fait davantage appel à l’imagination et aux sentiments de son interlocuteur : celui du sacrifice d’Iphigénie. Le récit du sacrifice s’apparente à une hypotypose, un tableau vivant, ce qui ne surprend pas car la peinture de l’époque avait souvent représentéle sacrifice d’Iphigénie, et Lucrèce a pu s’inspirer de l’une de ces images.
Le retour au discours, dans le dernier vers, en guise de conclusion, scelle définitivement l’association de « religio » et de « malorum » (v.22), comme si cela avait été rendu évident, après la démonstration.

II. La mise en cause de la religion.

Lucrèce dénonce la cruauté et l’impiété de la religion. Au lieud’être une manifestation de piété, les sacrifices humains sont des crimes et des sacrilèges.
Les dieux ne sont pas incriminés dans ce procès de la superstition religieuse. Diane, loin d’être désignée comme le destinateur et la destinataire du sacrifice, conformément à la légende, est la victime de la profanation. Le clergé non plus n’est pas directement mis en cause, même s’il est l’exécuteurdu sacrifice (« ferrum celare ministros », v.11). Le devin Calchas, qui a eu l’idée du sacrifice, est singulièrement absent de la scène.
Les responsables sont plutôt les puissants, « ductores Danaum delecti, prima uirorum » (v.7) : la postposition du groupe nominal sujet dans la phrase, le relief apporté aux mots par l’allitération en « d », l’apposition redondante de « prima uirorum »participent de la tonalité polémique et ironique du passage. Le personnage d’Agamemnon, qui a le double statut de père et de roi, est doublement responsable et l’expression « mactatu…parentis » (v.20) laisse voir l’horreur de la situation, qui en fait l’auteur direct du sacrifice.
Les hommes eux-mêmes sont responsables, si l’on admet le consentement général du sacrifice par la flotte grecque....
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Lucrèce, de rerum natura, i, 80-101: traduction et vocabulaire
  • Commentaire de rerum natura i v1-20
  • De rerum natura lucrece commentaire
  • Lucrece de natura rerum ii
  • Lucréce, "de rerum natura"
  • Lucrece, De rerum natura, fiche
  • Lucrèce rerum natura atomisme
  • Commentaire Lucrèce De rerum natura "Rien ne nait de rien"

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !