Albertine disparue

par

La fuite d'Albertine, le manque, le deuil

Ce roman, comme son titre l'indique, porte sur la disparition d’une jeune femme. Albertine s’est enfuie en province chez sa tante, Madame Bontemps, qui l’a éduquée (Albertine est née orpheline).

Ce récit suit celui de '' La prisonnière '', où il y a une opposition dans les états du personnage. Albertine passe ainsi de l'état de prisonnière à celui de fugitive. L'intrigue du roman est posée dès les premières lignes : en effet, la servante de la demeure où vivait Albertine, une femme prénommée Françoise, annonce au narrateur qu’elle a découvert que le lit d'Albertine était vide au matin, et que « Mademoiselle Albertine est partie ! » Ainsi on apprend le départ d'Albertine, en même temps que sa famille et le narrateur. Ce départ de l'appartement du narrateur est brutal et incompréhensible, surtout pour le narrateur : «Quand Albertine était à la maison, j’étais bien décidé à garder l’initiative de notre séparation. Et puis elle était partie. J’ouvris la lettre d’Albertine. Elle était ainsi conçue : Mon cher grand, je ne veux pas devenir votre ennemie, il me sera déjà assez dur de vous devenir peu à peu, et bien vite, indifférente ; aussi ma décision étant irrévocable, avant de vous faire remettre cette lettre par Françoise, je lui aurai demandé mes malles. Adieu, je vous laisse le meilleur de moi-même. Albertine.»

Le narrateur, au départ, feint l'indifférence et essaie de se convaincre qu'Albertine ne lui manque pas. Il dit d'ailleurs : « Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! » Il pense soit qu'il la retrouvera facilement, ou mieux, qu'elle rentrera d'elle-même. Il n'est pas inquiet et ce malgré la lettre qu’elle lui a laissée, à laquelle il ne croit pas, il pense que ce n'est pas elle qui l'a écrite, que c’est une supercherie pour lui soutirer de l'argent par exemple.

Puis le manque et la souffrance se font sentir. Alors le narrateur va tenter de faire revenir Albertine : il se rend compte qu'il ne la possède plus et commence à la désirer de plus en plus fort. Il lui propose d'innombrables cadeaux, lui fait miroiter des perspectives de bonheur, de voyage, de confort, comme par exemple qu'ils achèteront un bateau ou une voiture de luxe. Mais il échouera lamentablement. Le narrateur vit mal ce manque, se l'avoue, et donc l'avoue au lecteur. '' J'avais cru que je n'aimais plus Albertine, j'avais cru ne rien laisser de côté, en exact analyste; j'avais cru bien connaître le fond de mon cœur.''

Puis, Albertine va décéder des suites d'une violente chute de cheval. Lorsque les personnages vont l'apprendre, ce sera le choc. Le narrateur l'apprendra d'ailleurs par un simple télégramme. Albertine passe ainsi d’un état de fugitive, à un état de disparue pour toujours. La douleur du narrateur est terrible : « La force qui fait le plus de fois le tour de la terre en une seconde, ce n'est pas l'électricité, c'est la douleur. » Albertine est morte certes, mais elle est toujours vivante dans son cœur et dans son esprit, car il l’aime encore.

Des éléments vont rendre ce deuil encore plus difficile, parmi lesquels le fait que le narrateur apprenne qu'Albertine avait prévu de rentrer auprès de lui et de le retrouver. Il regrettera encore plus de ne pas s'être jeté à sa recherche dès le départ. Le narrateur va alors errer dans Paris, malheureux, sans but : « Le regret est un amplificateur du désir. […] On ne peut regretter que ce qu'on se rappelle ».

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