Albertine disparue

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Le rôle du temps qui passe : l'oubli

Dans ce roman, les étapes psychologiques par lesquelles passe le narrateur suivent un cheminement logique, lié au souvenir, mais aussi au temps qui passe et qui fait son office, telle des vagues de la mer qui effacent les traces dans le sable. Le temps permet d'oublier, de moins souffrir. L'oubli entraine donc la seconde mort du personnage décédé.

Les rapports au temps du narrateur montrent que ce temps qui passe lui permet d'oublier, de moins souffrir. À la fin du roman, il se souvient de Gilberte Swann, de son amour de l'époque avec elle, et du fait qu'elle s'est mariée, que son nom a changé, que leurs vies respectives ont changées et que désormais, Gilberte a un mari et une famille. Ces amours représentent évidemment un souvenir lointain, et il s'en rappelle comme d'un temps heureux et perdu, mais qui ne le fait plus souffrir à présent. Le temps a donc fait son office et a adouci les souvenirs. L’auteur avait totalement oublié Gilberte, et avait retrouvé l’amour ; On peut ainsi faire un parallèle, entre cet amour, et celui qu'il éprouva aussi pour Albertine, amour fort et sincère, mais qui s'estompe avec le temps : « Nous n'arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change. »

Puis le temps tient son rôle, et le narrateur va se sortir de cette situation de deuil malheureux. Au fur et à mesure, son amour et sa douleur s'estompent. Ce qui va l'aider également, c'est un voyage à Venise, organisé par sa mère, voyage que le narrateur n'osait pourtant pas faire sans Albertine il y a encore peu de temps. Le fait qu'il puisse partir à Venise sans elle prouve qu'il a surmonté la situation, et que ses rapports à ses souvenirs ont évolués. Ce voyage constitue ainsi un adieu à Albertine, à cet amour ; au temps passé qui fait désormais partie de ses souvenirs.

Dans son ensemble, on peut conclure que ce roman montre que le deuil, la résignation, le fait de renoncer à quelqu'un, à l'amour, peut représenter un manque et une souffrance. Tout le cheminement psychologique, la fin de cette souffrance, se fait avec le temps qui efface les mémoires. Le temps qui passe permet d'oublier ceux que l'on a aimés, ceux qui sont morts ou qui nous ont quittés. Le narrateur en prend lui-même conscience, comme une étape franchie : « Comme il y a une géométrie dans l’espace, il y a une psychologie dans le temps, où les calculs d’une psychologie plane ne seraient plus exacts parce qu’on n’y tiendrait pas compte du temps et d’une des formes qu’il revêt, l’oubli ; l’oubli dont je commençais à sentir la force et qui est un si puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle. », ou encore : « Cet amour […] finissait lui aussi, après y avoir fait exception, par rentrer, tout comme mon amour pour Gilberte, dans la loi générale de l’oubli. »

On assiste ainsi à une première mort d’Albertine suite à son accident de cheval, et à une seconde mort suite à l'oubli progressif du narrateur et à la disparition de son amour.

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