Aliocha

par

Le rejet de la culture soviétique

Aliocha se voit contraint, par ses parents qui ne désirent qu’un prompt retourau pays, de vivre immergé dans la bulle russe qu’ils entretiennent. Mais pour Aliochala question de la nationalité n’est pas aussi acquise que pour sesparents : si eux vivent sans désir de s’intégrer, en ne considérant leurséjour en France que comme provisoire, une échappatoire à une Russie qui lesdéçoit, Aliocha lui ressent un fort besoin de pouvoir faire partie intégrantede cette population française qui lui rappelle sans cesse sa différence.

Il assiste aux cours, va au lycée, mène une vie beaucoup plus ouverte surle monde extérieur que celle de ces parents, et il en découle l’envie et lanécessité de tisser des liens avec les composantes de ce monde. Il souffre desa mauvaise intégration, du manque d’effort de ses parents qui lui rappellentconstamment, quotidiennement, ses véritables origines. Selon lui, appartenir àdeux ethnies différentes en même temps n’est pas possible : il faut, pouravoir une véritable identité, être soit russe, soit français, un partage desdeux n’étant à son avis qu’un affaiblissement de l’affirmation de soi-même, deson identité. Ainsi, il ressent un profond désir d’appartenir à la culturefrançaise, de faire partie des élèves de son lycée au même titre que tous lesautres : « Son goût de la singularité combattait en lui le désirpaisible de ressembler à ses camarades de classe. »

Aliocha se démène donc pour se libérer de l’influence de ses parentsfermement décidés à ce qu’il n’oublie pas ses racines russes. Ces dernierstentent de l’inscrire dans un cercle de jeunes garçons de sa nationalité afinqu’il partage des moments en compagnie de compatriotes, mais en vain. Lareligion n’a aucun effet sur le jeune homme, qui n’effectue les rituelsorthodoxes qu’avec une mauvaise foi manifeste. Enfin, la littérature russe lelaisse totalement indifférent, et la langue slave elle-même le répugne. Il laconsidère comme rétrograde, se débattant dans les limbes d’un passé qui n’aplus aucun espoir de pérennité : il la qualifie de « mirage »,ne nourrissant que les illusions de personnes déracinées telles que sesparents.

Aliocha cherche donc à ressembler aux jeunes Français qu’il côtoie et às’affirmer par un fort penchant pour la littérature française, que nousétudierons dans une seconde partie. Ce n’est qu’à la fin de l’œuvre qu’ilprendra conscience de l’importance de conserver le souvenir de ses racines, quecelles-ci ne constituent pas un obstacle à son désir d’être français mais fontpartie intégrante de son identité ; les dissimuler ne fera qu’accroîtreleur présence cachée, l’alourdir du poids d’un fardeau, et l’empêcher d’êtreheureux.

 

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