Aliocha

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Résumé

Aliocha, personnage éponyme du roman d’Henri Troyat, autrement dit Alexis Krapivine, un jeune homme de quatorze ans et demi qui vit à Paris avec ses parents, est élève en troisième.

Pour ceux qui connaissent la biographie d’Henri Troyat, l’histoire décrite dans ce roman présente de grandes similitudes avec celle de l’auteur car Lev Aslanovitch Tarassov de son vrai nom eut également des parents immigrés russes. D’ailleurs, comme Henri Troyat, Aliocha suit ses études au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine.

Les analogies que l’on peut faire ne s’arrêtent pas à ces détails mais elles sont loin de restreindre la trame narrative à une quelconque autobiographie de l’auteur. En effet, sont abordés dans l’œuvre entre autres les thèmes de l’amitié éternelle, de l’insertion sociale ou encore les grandes lignes qui ont marqué l’histoire russe, notamment ses relations avec le continent européen.

Et c’est sur un évènement majeur concernant la Russie que l’histoire commence : la mort de Lénine, survenue le 21 janvier 1924. C’est une mort perçue comme salvatrice, libératrice pour les parents d’Aliocha et probablement pour tous les autres compatriotes exilés qui ont connu l’oppression de la part des bolchéviques. En effet, les parents voient cette mort comme une occasion de retourner dans leur patrie, d’en finir avec l’immigration, et surtout de récupérer ce qu’ils y avaient laissé de fortune ; en effet, si les parents d’Aliocha étaient considérés comme riches en Russie, ils sont devenus pauvres une fois arrivés en France, ayant fui, comme d’autres Russes dits « blancs », les travaux forcés ou encore la peine de mort suite à l’accession de Lénine à la tête du pouvoir. Mais ce ravissement est loin d’être partagé avec leur fils ; il suscite même de sa part incompréhension et déception.

Aliocha aurait préféré une réaction de ce genre de ses parents en réponse aux résultats qu’il obtient à l’école. En effet, il est très fier d’être arrivé second à un exercice de composition car, pour Aliocha, ses études dans sa seconde patrie, surtout celles en relation avec la littérature française, sont plus importantes que d’autres causes, celle de la Russie ayant été désormais reléguée le plus loin possible dans sa tête. Son état d’esprit est tel qu’il tombe dans une sorte de déni, rejetant sa culture et les coutumes traditionnelles russes, éprouvant de la honte en ce qui concerne son nom, l’accent de ses parents ainsi que les inquiétudes et le désir de retour en Russie de ceux-ci.

Ainsi, bien à l’opposé de ce qui préoccupe les parents d’Aliocha qui sont tsaristes, ses aspirations et les efforts qu’il fait vont dans le sens de son intégration à la société française, voulant absolument devenir écrivain. Mais le jeune homme est victime d’une forme de xénophobie de la part de ses camarades. Mais pour lui, ce qui importe est la reconnaissance de sa personne en tant que Français.

Néanmoins, il ne peut également s’empêcher d’éprouver de la culpabilité relativement à sa honte de ses origines et de sa culture. Ce déchirement et cette ambivalence n’est pas pour rendre la vie facile à Aliocha qui, comme tout adolescent, cherche à asseoir une identité dont il pourrait être fier.

Heureusement pour lui, il trouve en Thierry Gozelin un soutien et un meilleur ami comme il n’aurait jamais espéré en avoir. En effet, ce jeune homme sera d’une précieuse aide pour Aliocha, l’aidant à trouver l’équilibre dont il avait besoin, lui faisant rejoindre le juste milieu des choses au milieu de toute cette ambivalence qu’il avait du mal à gérer.

Mais Aliocha se trouve être également un ami précieux pour Thierry, la réciprocité de leur amitié étant due en grande partie au rejet par la société dont ils sont tous les deux victimes ainsi qu’à leur passion commune pour la littérature française et l’écriture.

Comme Aliocha, Thierry est en effet un garçon différent même si leurs situations ne sont pas comparables, ne serait-ce que par la précarité de la situation financière des parents d’Aliocha, diamétralement opposée à l’opulence dans laquelle se trouve la famille bourgeoise de Thierry. Mais tous deux se sentent rejetés par les autres : Thierry parce qu’il est bossu de naissance, Aliocha car il est un « Russe blanc ».

Au-delà de cette exclusion sociale, Aliocha et Thierry voit leur amitié cimentée par leurs passions communes : la littérature française et l’écriture ; ils abordent souvent et longuement des sujets tournant autour, surtout Victor Hugo, et quelquefois ils parlent des jeunes membres de la gente féminine dont Thierry se trouve particulièrement éloigné à cause de son infirmité.

Grâce à Thierry, un des premiers à reconnaître sa singularité et à la saluer, Aliocha va, au fur et à mesure du récit, accepter son héritage russe, considérant sa double culture comme une richesse et non un handicap. C’est ainsi qu’il accepte les conseils de Thierry et s’investit dans l’écriture de ses souvenirs de Russie en utilisant le « cahier journal » que son professeur de français a créé.

De son côté, Aliocha parvient aussi à sortir son ami de sa solitude, les deux amis se rapprochant de plus en plus au point de passer leurs vacances ensemble et de considérer leur amitié comme « à la vie, à la mort ». D’ailleurs, c’est ce à quoi on assiste littéralement et un peu trop tôt car Thierry, de nature téméraire, a trouvé la mort à la suite d’une pneumonie contractée après sa chute dans une rivière glacée.

L’émotion est à son comble pour Aliocha dont le destin a décidé d’emporter le meilleur ami. En hommage à celui-ci, il décide de suivre sa recommandation et de lire Guerre et Paix, mais aussi d’assumer pleinement sa différence, comme devait le faire son ami qui n’avait pas le choix.

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