Arria Marcella

par

La progression de la dimension fantastique

Lefantastique est mis en scène petit à petit dans la nouvelle de ThéophileGauthier. En effet, on assiste d’abord à la venue des jeunes gens à Pompéi,puis à la visite du musée des Studj. L’élément fantastique du fantôme d’ArriaMarcella errant dans la cité ne frappe pas le lecteur à première vue ;tout d’abord, celle-ci est introduite sous la forme triviale d’un seinfossilisé dans la roche. Si celui-ci suffit à exciter l’imagination d’Octavien,cependant l’élément en lui-même n’est pas fantastique, car on ne sait pas toutde suite que cette poitrine est celle d’une figure mythique qui reviendrad’entre les morts.

Lorsqu’Octavienvoit la lune se lever sur les ruines de Pompéi, alors seulement le fantastiquese glisse dans le réel : les ruines paraissent se redresser, la ville serétablir sous la lumière blafarde de l’astre nocturne, les colonnes ne semblentplus effondrées et les maisons se reconstruisent petit à petit. Enfin, c’estpar les perceptions d’Octavien que le fantastique s’exprime : il croitentendre des voix venues du passé qui chuchotent à son oreille, aperçoitvaguement des silhouettes assombries, qui peu à peu prennent de la consistance…À cet instant, on ne sait pas réellement si le fantastique agit de manièretemporelle ou de manière physique, si la ville se change en autre chose ou sic’est un bond dans le passé qui est en train d’être opéré.

Il s’agitdu deuxième cas de figure : Octavien est transporté dans la Pompéi du Iersiècle ap. J.-C. Il se promène donc désormais dans une ville réelle, côtoyantdes habitants au parler audible, des êtres de chair qui se pressent à sescôtés. Il nous livre une description particulièrement convaincante de ce dontil est témoin, et en cela, le fantastique est mis de côté pour un temps, car,bien que le retour dans le passé soit affilié à ce genre littéraire, Octavienest à présent un voyageur, certes en décalage, mais un être réel dans un lieuayant réellement existé.

Lefantastique réapparaît clairement lorsqu’on comprend qu’Arria Marcella est enréalité un fantôme, que malgré l’éblouissante vie dont elle fait preuve etl’éclat qui émane d’elle, elle n’a été réveillée que par la passion dontOctavien a fait preuve devant la forme de son buste fossilisé. Ainsi, lelecteur, croyant avoir trouvé un équilibre et suivant les déboires d’Octaviendans la cité antique, se retrouve à nouveau perdu lorsque la dimension de larésurrection réapparaît soudainement.

Le fantastique lié à la métamorphose, à la sorcellerie,est également présent ; en effet, le père chrétien qui fait irruption dansla chambre d’Arria met en garde le jeune homme de cette manière : « abandonne cette larve qui tesemblerait plus hideuse qu’Empouse et Phorkyas, si tu la pouvais voir tellequ’elle est ». Ainsi, le lecteur ne peut s’empêcher de penser que labeauté d’Arria n’est qu’un masque, et s’interroge sur sa nature réelle : unesorcière ? Morte depuis des siècles, ce n’est en fait qu’un cadavrequ’Octavien tient dans ses bras ? Le réveil du jeune homme dispensera lelecteur de trouver réponse à ses questions, cependant, libre à nous de choisir,selon nos goûts, si Octavien a réellement vécu ce rêve ou s’il n‘était rien deplus qu’un fantasme endormi.

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