Arria Marcella

par

Trois Pompéi

Dans lanouvelle, la ville de Pompéi nous est présentée sous trois formes : Pompéiau XIXe siècle, en ruines et désormais changée en lieutouristique ; Pompéi au Ier siècle ap. J.-C., vivante etfourmillante d’agitation, et enfin « l’entre-deux Pompéi », lors duretour en arrière vécu par Octavien.

Toutd’abord, la Pompéi contemporaine de l’auteur est décrite comme étantrelativement bien conservée, comme si l’éruption du Vésuve l’avait soudaincoupée dans son élan de vie. Elle est décrite comme étant l’homologue d’unParis dans lequel on reviendra des milliers d’années plus tard et sur les mursduquel les affiches et les placards demeureraient encore. Cette descriptionnous montre le brusque arrêt de mort d’une ville, encore surprise par sondestin, telle une pièce de théâtre arrêtée alors que le premier acte n’est pas mêmeencore terminé. Les fontaines semblent s’être à peine arrêtées de couler, et onpourrait presque deviner qui vivait, et de quelle manière, dans les maisonsravagées aux toits éventrés. Cette description de Pompéi nous montre encore unecertaine grandeur, une irrévocable atteinte du passé, et la réminiscence d’unehorreur survenue sans que personne ne s’y attende.

« L’entre-deuxPompéi » entretient une dimension beaucoup plus mystique, plus floue.D’une part, elle est vue par Octavien, ce qui laisse supposer une certaine subjectivitéde ce qui est rapporté, et d’autre part, la transformation se produit dans desconditions particulières, de nuit, sous un clair de lune. Ainsi, la citénécessite d’être d’abord floutée, cachée aux yeux du monde, avant que sonintégrité ne lui soit rendue. De cité morte, stoppée en plein élan, elledevient masque de brume, d’incertitude, d’apparitions évanescentes. Ladimension onirique dont se pare la ville s’apparente à un voile que l’ondescend sur elle : Pompéi devient alors une jeune fille pudique qui secache derrière une tenture, le temps de changer son vêtement pour une parureplus éclatante.

En effet,lorsque le jour se lève, la Pompéi du Ier siècle n’a plus rien àvoir ni avec la précédente, ankylosée sous la cendre, ni avec celle del’entre-deux, timide et évanescente : elle est alors une ville habitée,vivante, pleine de couleurs et d’odeurs, bruyante, théâtre des allées et venuesd’une foule qui n’imagine pas vivre autrement que de cette manière. Ellerayonne sous le soleil, et abrite toute une société bel et bien vivante. C’estdans cette Pompéi-là que se dérouleront ensuite les aventures du héros avecArria Marcella.

Nous avons donc trois descriptions différentes dePompéi qui nous renvoient à trois aspects différents de la réactionhumaine : l’abattement et le silence qu’on peut trouver dans la mort etl’échec, et la nostalgie éprouvée face à ce qui a été un jour vivant ; ensuitel’hésitation du fantastique, le trouble fait d’attirance et de frayeur engendrépar une situation floue et incertaine ; et enfin le besoin de vivre etd’avancer, la détermination et l’élan qu’on trouve à voir notre environnementétabli et ses fondements solides.

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