Arria Marcella

par

Une nouvelle portée par le regard

Dans lanouvelle, le regard revêt une importance majeure. En effet, tout est abordé parla manière de voir les choses, de reconnaître en elles beauté ou laideur,véracité ou illusion. Chez Octavien, ce sont les regards qu’il porte sur lemorceau de cendres conservant la trace de la défunte Arria Marcella quidéclenchent chez lui toute une série de rêveries la concernant. Lorsqu’il s’endétourne, la jeune femme est toujours dans son esprit, mais de manière beaucoupplus fugace. Le regard, porte de l’humain entre l’intérieur et l’extérieur, estici en plus le catalyseur des émotions puisque les éléments vus par Octaviengagnent alors sa conscience et rejoignent son besoin de rêver. Par le regard,il idéalise et crée. En effet, au début de la nouvelle, Gautier écrit que sesmoments d’émoi surviennent à la suite de rencontres avec des éléments visiblesqui l’émeuvent (par exemple la Vénus de Milo aperçue dans un musée) maisnon directement sortis de son imagination. Ainsi, Octavien a besoin du regardpour imaginer ce qu’il pense être un idéal de beauté et de féminité, et nepossède par la capacité de l’inventer à partir de rien. C’est en cela qu’il estrésolument tourné vers le passé : il a besoin de voir ces traces antiquespour effectuer un plongeon mental en arrière, et il ne peut donc se projeterdans l’avenir ou dans un présent parallèle qui nécessiterait une invention desa part.

Il estégalement important de préciser que la rencontre physique entre Arria etOctavien, au musée, se passe tout d’abord silencieusement, par le regard. Eneffet, alors que les lignes précédentes abondent de détails descriptifs quimontrent qu’Octavien découvre la nouvelle Pompéi, lorsqu’il arrive dans lethéâtre et devient alors lui-même l’objet de tous les regards, le rôle de lavue prend une importance autre. En effet, cherchant un exutoire à tous ces yeuxrivés sur lui, les yeux d’Octavien tombent sur ceux d’Arria Marcella. Ceux dela jeune femme sont décrits comme « chargés de tristesse voluptueuse etd’ennui passionné ». Tout ce qui constitue cette femme superbe paraîtcontenu dans son regard, tout autant que son désir : Octavien ressent labrûlure de ses yeux sur lui comme « un jet de plomb fondu ». Ce mondequi se constitue entre le regard et la pensée ne peut que se désagréger lorsquela rencontre charnelle entre les deux protagonistes a lieu. En effet, Octavien,ayant enfin l’occasion de contenter son désir issu de rêveries portées par lasuperbe du monde antique, de tenir dans ses bras cette représentation« hors du temps » qu’il déclare être la seule figure féminine qu’ilpense jamais pouvoir aimer, rompt le lien regard-pensée. Il s’offre à cettefemme impérieuse en acceptant ce qu’il avait jusqu’alors dédaigné : unlien plus direct entre eux, la palpation de ce qu’elle est vraiment. Cetterupture est manifestée par la brusque intrusion du père qui remet lesconvictions d’Octavien en place : sa raison chancelle alors, et un son decloche lointain le ramène au présent, dans lequel le seul souvenir d’ArriaMarcella qui demeure prend la forme d’une rêverie.

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