Ballade des pendus

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François Villon

De son véritable nom François de Montcorbier, François
Villon est un poète français célèbre pour sa poésie unique, ses ballades
notamment, mais également pour avoir été un « poète malfaiteur ». Né
dans une famille pauvre en 1431, il est très vite orphelin de père. Le jeune
enfant est recueilli par le chanoine de Saint-Benoît-le-Bestourné, à qui sa
pauvre mère l’a confié. Ledit chanoine lui servira, selon ses propres mots, de
« plus que père ». Ledit chanoine n’est autre que le chapelain Guillaume
de Villon, à qui François rendra plus tard hommage en adoptant son patronyme.

Bien que voilée de mystères, en dehors de son casier
judiciaire, la jeunesse de François Villon révèle néanmoins quelques
informations sur les études qu’il a accomplies. Ainsi, François réussit son
baccalauréat en 1449. En 1452, le jeune homme obtient sa licence en arts, avant
de devenir maître des arts à vingt-et-un ans.

François Villon poursuit sa vie estudiantine et fréquente
régulièrement le Quartier Latin. Le 5 juin 1455, une violente altercation le
confronte au prêtre Philippe Sermoise, lequel il blesse mortellement. Selon les
rapports judiciaires de l’époque et sa propre version, ledit prêtre l’avait
provoqué, puis il avait sorti sa dague et l’avait attaqué. Blessé à la lèvre,
François Villon se défend en sortant sa propre dague, avant de la planter dans
l’aine du prêtre.

Usant de ses puissantes relations, son tuteur Guillaume de
Villon parvient à obtenir des lettres de rémission pour François, délivrées par
la chancellerie royale en janvier 1456. Après avoir participé, en compagnie de
truands, à un vol au collège de Navarre, la nuit de Noël 1456, il quitte
précipitamment Paris ; il se rend à la cour de Blois et reste un moment
auprès de Charles d’Orléans.

Bien que ses affirmations aient été infirmées par les
enquêtes qui suivirent, François Villon expliquera que son départ précipité a été
motivé par des raisons sentimentales. Ainsi, dans son célèbre poème Le Lais (1457), il expliquera que sa
fuite était due à une maîtresse « félonne et dure ». Villon fait dans
cette pièce à diverses personnes des dons farfelus, en utilisant largement le
calembour et l’antiphrase. Le poète se présente lui-même comme une caricature
d’amant martyr.

Après un passage à la cour d’Angers, où il comptait rentrer
dans les bonnes grâces du roi René, François Villon passe les années suivantes
à errer sur les routes. Entre le mois de décembre 1457 et le mois de janvier
1458, François Villon se rend à la cour de Charles d’Orléans, petit-fils de
Charles V et futur père de Louis XII. Fait prisonnier par les Anglais pendant
près de vingt-cinq ans, ce haut personnage occupe son temps à la poésie, qu’il
maîtrise, et se découvre un penchant pour les arts en général. Son intérêt pour
les rimes bien construites attire immanquablement les artistes et poètes de
toute la région, dont François Villon.

Du bref séjour que François Villon effectue à la cour du duc
d’Orléans témoignent trois de ses pièces, dont La Ballade des contradictions, retrouvées dans le manuscrit
autographe de Charles d’Orléans. Elles ont permis de retracer une petite partie
de la vie de François Villon durant cette période incertaine.

Durant cette même époque, bien qu’il n’ait pas été possible
de définir s’il en faisait réellement partie, François Villon a fréquenté la
bande des Coquillards pendant un certain temps. Ladite bande, sorte de société
criminelle secrète, utilisait un jargon qui lui était propre, qui servira plus
tard à François Villon pour écrire ses Ballades
en jargon
. Ces ballades seront autant inspirées par l’univers malfamé de la
Coquille que la pratique d’activités illicites, à l’instar des jeux de hasard.

Durant l’été 1461, François Villon se trouve emprisonné à
Meung-sur-Loire, dans la basse fosse de l’évêque Thibault d’Aussigny, bien que
les motivations de ce dernier demeurent inconnues. Le poète, déchu, ne sortira
de son bagne qu’à l’arrivée de Louis XI, le 2 octobre.

Après sa libération, Villon se rend à Paris où il est
arrêté pour le vol commis au collège, puis relâché contre paiement. Il commence
l’une de ses œuvres les plus importantes, son Testament, en 1462. Cette œuvre reprend le même procédé parodique
et la même structure strophique que Le
Lais, le huitain d’octosyllabes. Le
poète y insère cependant des pièces lyriques à forme fixe : quinze ballades,
une double ballade et trois rondeaux. Le poète, qui s’y présente comme étant à
l’article de la mort, introduit des méditations poignantes, amères ou cyniques
sur la vieillesse, la pauvreté, la mort. Il explique son existence ratée par
les revers de la Fortune, le jeu des circonstances, l’acharnement de ses
ennemis ; il ne se prive pas de régler méchamment ou violemment ses
comptes personnels avec des gens du milieu, des gens d’Église, des officiers de
justice. Villon se révèle un excellent connaisseur des thèmes poétiques
développés depuis Rutebeuf et Jean de Meung jusqu’à Guillaume de Machaut, Alain
Chartier, Michault Taillevent, Jean Régnier, Charles d’Orléans. Cette œuvre est
parsemée d’allusions mythologiques, scolastiques, bibliques, qui côtoient les
proverbes populaires et les termes plaisants ou de jargon. Il réfléchit
notamment à la fuite du temps dans trois ballades construites sur le thème
biblique du Ubisunt. La plus célèbre
est celle « des dames du temps jadis », avec son refrain poignant :
« Mais où sont les neiges d’antan ? ». Sur le thème de la danse
macabre, le poète entraîne dans la mort les gens « de toute
condition ». D’un ton burlesque, il invite les filles de joie à abuser de
leur pouvoir sur les hommes ou encore, il fait la louange des femmes de Paris,
supérieures à toutes les autres. Dans un registre sérieux, il fait don d’une
émouvante ballade à sa mère, « pauvrette et ancienne », pour lui
permettre de prier Notre-Dame, et d’une ballade célébrant l’amour conjugal
heureux au prévôt Robert d’Estouteville. Il finit en revanche son Testament sur un ton plaisant. Parmi les
pièces non comprises dans Le Testament,
celle que le poète adresse à ses « frères humains », plus connue sous
le nom de Ballade des pendus, où le
spectacle de la déchéance suivant une mort infamante est surmonté par le
« cri de la foi ». Il faut ajouter à cette œuvre six ballades en
argot, dont chacune comporterait un message secret, construites sur plusieurs
épaisseurs sémantiques.

Vers la fin du mois de novembre 1462, et après quelques
démêlés mineurs avec la justice, François Villon est de nouveau condamné, mais
cette fois à la peine capitale : « étranglé et pendu au gibet de
Paris ». Encore une fois, le poète a participé à une rixe, qui a fait un
blessé et non des moindres : le notaire pontifical François Ferrebouc.
Blessé par une dague, ce dernier use de son influence pour faire justice.

Emprisonné en attendant son exécution, François Villon
rédige la Ballade des pendus (également
connue sous le titre  Épitaphe Villon) durant son incarcération,
racontant et expiant ses erreurs passées. Villon fait appel devant le Parlement
de Paris ; le 5 janvier 1463, le Parlement casse le premier jugement, mais
condamne François Villon à dix ans de bannissement, au vu de ses multiples
récidives. À partir du 8 janvier de la même année, Villon quitte Paris, et
disparaît sans plus laisser de trace.

Villon n’est pas un novateur ; ses thèmes comme ses
formes poétiques sont traditionnels. Il se distingue des autres poètes dans la
mesure où, chez lui, la pauvreté, la prison, la mort ne sont plus des
métaphores amoureuses, mais une expérience dramatique. À l’instar de ses
pendus, il balance entre haine et pardon, obscénités et angoisse, cynisme et
larmes, imprécations à ses semblables et prière à Dieu. La fortune littéraire
de Villon a été aussi bizarre que la vie du poète a été obscure. Son œuvre a
été connue de son vivant ; imprimée dès 1489, elle bénéficia d’un grand
succès, mais fut réduite à son aspect anecdotique et grossier. La légende crée
un Villon farceur, buveur et voleur. Rabelais lui emprunte des traits pour
créer le personnage de Panurge. Méconnu à l’âge classique, il fut apprécié par
Hugo, Nerval, Rimbaud, Apollinaire, Tzara. Brassens l’a rendu populaire dans
ses chansons, en reprenant certains thèmes chers au poète ou en composant un
accompagnement musical pour la Ballade
des dames du temps jadis
.

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