Ballade des pendus

par

Résumé

« Frèreshumains qui après nous vivez

N’ayezles cœurs contre nous endurcis,

Car,se pitié de nous pauvres avez,

Dieuen aura plus tost de vous merciz.

Vousnous voyez cy attachez cinq, six

Quantde la chair, que trop avons nourrie,

Elleest pieça devoree et pourrie,

Etnous les os, devenons cendre et pouldre.

Denostre mal personne ne s’en rie :

Maispriez Dieu que tous nous vueille absouldre! »

 

À travers la première personne du pluriel, le poèteparle au nom des hommes exécutés pendus. Il s’adresse aux vivants, ilinterpelle ses « frères humains » qui continuent de vivre et invoqueleur pitié à l’égard des morts. Il se décrit avec les autres condamnés àmort : leurs corps pourrissants sont destinés à être anéantis ; il enappelle à l’indulgence des hommes et à l’absolution divine.

 

« Sefrères vous clamons, pas n’en devez

Avoirdesdain, quoy que fusmes occiz

Parjustice. Toutesfois, vous savez

Quetous hommes n’ont pas bon sens rassiz;

Excuseznous, puis que sommes transis,

Enversle filz de la Vierge Marie,

Quesa grâce ne soit pour nous tarie,

Nouspréservant de l’infernale fouldre.

Noussommes mors, ame ne nous harie;

Maispriez Dieu que tous nous vueille absouldre! »

 

Le poète reconnaît que leur mort est juste ; ildemande pourtant que les vivants plaident leur cause auprès de Jésus, afind’être épargnés par « la foudre infernale ». Une nouvelle fois, le poètedemande aux vivants de prier Dieu pour leur salut.

 

« Lapluye nous a débuez et lavez,

Et lesoleil desséchez et noirciz:

Pies,corbeaulx nous ont les yeulx cavez

Etarraché la barbe et les sourciz.

Jamaisnul temps nous ne sommes assis;

Puisça, puis la, comme le vent varie,

A sonplaisir sans cesser nous charie,

Plusbecquetez d’oiseaulx que dez à couldre.

Nesoyez donc de nostre confrarie;

Maispriez Dieu que tous nous vueille absouldre! »

 

Le narrateur évoque ensuite le sort des condamnés àmort : leurs corps abîmés par les intempéries, enlaidis par l’action desoiseaux carnassiers, ballotés, sans repos ; il peint un triste portrait deleur vie après la mort. Le narrateur déconseille aux vivants d’entreprendre lemême chemin qu’eux, qui leur a valu un tel sort, et il les exhorte encore unefois à prier pour le salut des morts.

 

« PrinceJhesus, qui sur tous a maistrie,

Gardequ’Enfer n’ait de nous seigneurie :

A luyn’avons que faire ne que souldre.

Hommes,icy n’a point de mocquerie;

Maispriez Dieu que tous nous vueille absouldre. »

 

Le poète s’adresse pour finir à Jésus : il leprie d’épargner l’enfer et ses tumultes aux condamnés à mort. Pour clôturer laballade, le poète insiste sur le sérieux de son propos, alors qu’on sait qu’ilaime à plaisanter dans d’autres de ses chants, et incite une dernière fois leshommes à prier pour que Dieu les absolve tous.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >