Ballade des pendus

par

De la clémence dans les Catilinaires

a.      Les raisonspersonnelles de la clémence de Cicéron

Auvu de la gravité du crime reproché par Cicéron à Catilina, on peut s’étonner dece que ce dernier se fasse l’avocat de la condamnation à l’exil pour sonadversaire, ce qui dans le contexte historique présenté ci-dessus constitue unacte de clémence. Après analyse, on réalise que cet acte n’est pas gratuit,loin de là et qu’il possède de profondes motivations personnelles. La premièrede ces motivations est que Cicéron en a assez de dormir que d’un œil. Laprésence à l’intérieur des murs de Rome d’un ennemi déterminé à le pendrel’oblige à prendre des précautions dont il s’accommode fort mal. De plus, ilpréfère savoir que l’ennemi est dehors et qu’il ne peut compter que sur dessoutiens à l’intérieur. De plus, il connaît assez bien Catilina et sait très bienque celui-ci profitera de cette mesure pour fomenter une autre tentative derenversement de l’autorité. Cependant, comme il sera bien obligé de le faire àvisage découvert cette fois, il donnera l’occasion d’atteindre une plus grandegloire en méritant le titre de « pèrede la patrie » s’il le défait. Et ce calcul se révèle plus juste quejamais comme le prouve l’histoire. Aussi, bien qu’il s’en défende, la clémencede Cicéron était aussi motivée par des considérations politiques. La preuve enest que Plutarque dans son ouvrage Viesdes hommes illustres affirme que bien des années après : « On ne pouvait se rendre au Sénat, àune assemblée du peuple ou devant un tribunal sans être obligé d’entendreressasser l’histoire de Catilina et de Lentulus. » tant Cicéron laressassait lui-même.

b.      Les impératifs publicsjustifiant la clémence de Cicéron

Onaurait tort cependant de penser que la clémence de Cicéron n’avait pour seulsmobiles que des considérations personnelles : ce serait ignorer lecontexte politique dans lequel s’est déroulé la conjuration de Catilina. Cedernier disposait du soutien d’une proportion non-négligeable de la populationromaine et il avait pour lui une faction non moins importante de patriciens quiadhéraient à ses idées. Aussi, le condamner à mort, revenait à déchirer Romedans une querelle intestine dont on n’aurait su prédire la fin. En réclamantson exil, Cicéron fait donc preuve d’intelligence politique. On sent d’ailleursqu’il adopte cette position à cœur défendant puisqu’il ambitionnait secrètementd’être à l’image de ces grands personnages de la république qui «mettaient leur gloire à frapper avec plusde rigueur un citoyen pernicieux que l’ennemi le plus acharné ».Cependant, les impératifs politiques étant ce qu’ils sont, il savait fairecontre mauvaise fortune bon cœur, et remettre à plus tard une vengeance dont ilconnaissait que l’obstination, le goût immodéré du pouvoir et l’absence totalede lucidité politique de son adversaire aurait tôt fait de lui donner uneoccasion de l’assouvir. Un pari gagnant qui prouve une fois de plus qu’au-delàde ses talents d’orateur, l’homme possédait un véritable génie politique proprequ’hélas son brillant parcours d’homme de lettres aura éclipsé.

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