Cahiers d’un retour au pays natal

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Résumé

AiméCésaire fut un fondateur et un pilier de la négritude, ainsi qu’unanticolonialiste résolu. Rédigé en 1936-1939, son Cahier d’un retour au pays natal se présente comme un long texted’une quarantaine de pages sous forme de vers libres faisant alterner la prose etla poésie en vers en passant par le calligramme. Dans ces conditions, Cahierd’un retour au pays natal est une œuvre difficile à ranger dans unecatégorie littéraire bien définie. Dans uneveine surréaliste, le poète exprime sa révolte en multipliant les imageshardies. André Breton, qu’il a rencontré en 1941, lui rend hommage dans Martiniquecharmeuse de serpents.

 

D’emblée le poète annoncela nature emphatique de son œuvre, à travers un premier paragraphe virulent quitire le lecteur de son apathie : « Va-t’en, lui disais-je, gueule de flic, gueule de vache, va-t’en jedéteste les larbins de l’ordre et les hannetons de l’espérance. »

Les paragraphes s’enchaînenten étant plus ou moins liés à des repères concrets, certains s’envolant enflambées d’exclamations brûlantes et en visions prophétiques éructant depessimisme.

Le poète, transporté auxAntilles, passe en revue la misère d’une foule, décrite comme un personnagegrotesque et mutant, un assemblage de diverses personnes parmi lesquelles ildistingue un instituteur et un prêcheur. Puis il passe en revue des lieux, unepériode : la fête de Noël, vue comme un petit moment joyeux dominé parl’Église et le repentir. Ensuite la honteuse rue Paille, qui égrène les maisonsles plus miséreuses de la ville ; des familles entières affaméess’entassent les unes sur les autres dans des taudis.

L’auteur songe à”Partir”. Ses versets empruntent un style épique ; s’y déploieun riche vocabulaire, certains mots rares – « toi terre tendue terresaoule / terre grand sexe levé vers le soleil / terre grand délire de lamentule de Dieu / terre sauvage montée des resserres de la mer avec / dans labouche une touffe de cécropies » – dont les définitions sont données dansun lexique.

Il oriente ensuite sonapostrophe vers le monde hors de la ville initiale, contre les révoltes desesclaves noirs dans les pays des blancs, évoquant d’abord l’Amérique, à traversune série d’États ayant connu un passé sanglant – « Virginie. Tennessee.Géorgie. Alabama. » – puis l’Europe égoïste, à l’écart de cette guerre.Ses versets sont empreints d’une noirceur terrible ; ils concernent lamort, la folie, le sang, les déchaînement de la nature. Le poète se trouve surle chemin du retour vers la Martinique, qui s’accompagne d’une prise deconscience des inégalités qui accablent les Noirs.

La personne d’un nègreprend soudain de l’importance, décrit comme « COMIQUE ET LAID », touten majuscules. Le passage ressemble à une anecdote vécue par l’auteur qui semblese comparer à cet homme ; le poète se traite lui-même de lâche, parlant desa « lâcheté retrouvée ».

Les versets suivantstendent à former des sortes de listes qui comparent la nature – à travers une suited’animaux : « vienne le colibri / vienne l’épervier » –, à lanégritude – « ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale / elleplonge dans la chair rouge du sol / elle plonge dans la chair ardente duciel / elle troue l’accablement opaque de sa droite patience ».

Un verset est consacré aumonde des blancs ; il se conclut par cette exclamation : « Pitiépour nos vainqueurs omniscients et naïfs ! ».

La tonalité épique s’accroîtau fur et à mesure que le poète évoque la condition des noirs, qu’il insistesur la dureté de leur traitement physique et le dédain des blancs qui les considèrentcomme des bêtes : « Les Blancs disent que c’était un bon nègre, unvrai bon nègre, le bon nègre à son bon maître. »

À la fin du texte, leproblème de la négritude semble être présenté comme remontant aux racines mêmede la civilisation humaine qui assimile la blancheur à la colombe céleste, lenoir à « la langue maléfique de la nuit en son immobileverrition ! ».

 

Parla puissance de son incantation et la lucidité dont fait preuve le poète révolté,le Cahier d’un retour au pays natals’est hissé au premier rang des œuvres poétiques francophones du XXesiècle. Aimé Césaire a pris la plume pour exposer une prise de conscience, livrerun témoignage, montrer son engagement dans le combat pour la décolonisation. Ilsomme le lecteur de ne pas négliger la beauté du langage, la force poétique del’image, propres à réunir.

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