Cahiers d’un retour au pays natal

par

Un hymne à la négritude

Comme l’indique le titre, ce long poème est le récit d’un retour au pays natal – retour du narrateur qui espère se faire libérateur et guide pour ses semblables. Seulement, il ne sait pas quels discours tenir pour se faire entendre de ses compatriotes. Tour à tour, il emploiera le discours du libérateur de tous les peuples oppressés, puis celui de porte-parole des Martiniquais, ensuite celui de détenteur de l’héritage africain, et ainsi de suite.

C’est suivant le même modèle qu’Aimé Césaire procède à une définition du concept de négritude. En effet, ce n’est pas une définition précise qui est livrée au lecteur, mais une vague délimitation du principe. Sans jamais dire ce que désigne le mot, Césaire se contente de dire ce qu’il ne désigne pas. Ainsi, la négritude n’est pas un sens d’appartenance à l’héritage africain, elle n’est pas non plus une communauté formée des peuples oppressés, et encore moins l’équivalent d’une identité noire. La négritude est à la fois une prise de conscience historique, un élan révolutionnaire, et une démarche humanitaire. Tout en étant l’ensemble de ces éléments, la négritude est bien plus que leur somme.

Cahier d’un retour au pays natal est une œuvre engagée dont le but est de démontrer que l’héritage des descendants d’esclaves n’est pas un fardeau. C’est un acquis, une force dont les Martiniquais noirs devraient se revendiquer. C’est de cette « vieille négritude » dont l’auteur cherche à affranchir son lectorat :

« Les Blancs disent que c’était un bon nègre, un vrai bon nègre, le bon nègre à son bon maître. / Je dis hurrah ! / C’était un très bon nègre, / la misère lui avait blessé poitrine et dos et on avait fourré dans sa pauvre cervelle qu’une fatalité pesait sur lui qu’on ne prend pas au collet ; qu’il n’avait pas puissance sur son propre destin ; qu’un Seigneur méchant avait de toute éternité écrit des lois d’interdiction en sa nature pelvienne ; et d’être le bon nègre ; de croire honnêtement à son indignité, sans curiosité perverse de vérifier jamais les hiéroglyphes fatidiques. / C’était un très bon nègre / et il ne lui venait pas à l’idée qu’il pourrait houer, fouir, couper tout, tout autre chose vraiment que la canne insipide / C’était un très bon nègre. »

Cahier d’un retour au pays natal fait état des dégâts psychologiques infligés par des siècles de mauvais traitements à l’encontre de toute une race d’hommes. Mais, la mission première du roman n’est pas de déconstruire le colonialisme ni de se livrer à une critique de l’esclavage. C’est avant tout le réveil de l’homme noir qui est souhaité.

La « nouvelle négritude » dont le narrateur du récit se fait le porte-parole vise à s’éloigner des valeurs défendues par le modèle occidental. Il s’agit de glorifier le passé africain, de mettre à l’honneur les intuitions, émotions et valeurs communautaires traditionnelles d’harmonie et de compassion, qui s’opposent à la logique et à la raison des anciens colons. La négritude nouvelle est un état plus qu’une action. C’est la certitude d’appartenir entièrement à la Terre – un état d’harmonie et de plénitude qui rappelle les doctrines animistes africaines.

Cahier d’un retour au pays natal fait de la négritude une nécessité pour l’homme noir. L’identité d’homme noir a été tronquée par l’esclavage et ensuite par la colonisation. Le peuple que le narrateur retrouve à son arrivée au pays est un peuple sans ambition, léthargique à ses yeux. Il est donc essentiel pour ce peuple de comprendre sa négritude, de se l’approprier et de l’affirmer – un mouvement essentiel sans lequel rien ne pourrait être réalisé en tant qu’homme ou en tant que peuple.

« Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’œil des mots en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre. »

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